‹ Romans et nouvellesChapitre 175 sur 177 · CHAPITRE XXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIl

Noëmi qui la regaraaii. une ptme fille, assise sur le pied du lit, jouait silencieusement avec les fleurs, moins blanches et moins roses qu'elle, que sa mère avait reçues la veille. Derrière Noëmi, M. de Belnave se tenait bienveillant et grave. M. Valtone s'était retiré dans l'embrasure d'une fenêtre. Marianna crut que c'était un rêve, et ses paupières se fermèrent. Pressée par ses souvenirs, elle les rouvrit presque aussitôt, et promena sa main sur son visage pour s'assurer que ce n'était pas un jeu du sommeil. A la vue de M. de Belnave, elle se rappela ce qui s'était passé dans le bois ; et, poussant un cri, elle voulut cacher sa tête sous les couvertures. Mais déjà Noëmi la serrait sur son sein et lui prodiguait les noms les plus tendres ; sa nièce lui avait noué ses petits bras autour du col, et M. de Belnave s'était avancé vers elle. Il lui dit :

— Il n'y a ici ni coupable ni juge : vous êtes chez votre sœur.

M. Valtone, s'étant approché, dit avec émotion :

— Vous êtes aussi chez votre frère.

Elle ne répondait que par des pleurs et des sanglots.

M. de Belnave s'éloigna au bout de quelques instants ; M. Valtone le suivit. Les deux sœurs restèrent seules avec leur fille. Que de baisers et que de larmes! que de joie et que de douleur !

Marianna se leva à l'heure du repas. Instruits de son retour, les serviteurs de la maison étaient rangés sur son passage. M. de Belnave la conduisit luimême à la place qu'elle occupait autrefois à la table

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de la famille. Attentif et respecl-aeiix, sans affectation de générosité, jamais il ne l'avait entourée de plus de soins et de prévenances. Le repas achevé, on sortit pour aller aux lorges. Marianna marchait, appuyée sur le bras de sa sœur, M. de Belnave auprès d'elle ; M. Valtone suivait avec l'enfant. Tous quatre étaient silencieux, mais sans humeur et sans contrainte ; il y avait au tond de leur silence quelque chose de doux et de grave à la fois. De rares paroles étaient échangées çà et là, mais rien qui eût rapport à la situation présente. On s'entretenait de choses et d'autres, comme si Marianna n'eîit jamais quitté Blanfort. Au retour, on demeura longtemps sur le perron à respirer l'air du soir. Quand il fut l'heure de se retirer, M. de Belnave prit la main de sa femme.

— Monsieur, dit Marianna, je partirai demain ; mais avant de partir...

— Pourquoi nous quitter sitôt ? répondit M. de Belnave d'un ton de doux reproche. Il n'est personne ici qui se plaigne de votre présence. Noëmi^ ajouta-t-il en se tournant vers madame Valtone, vous ne laisserez pas partir ainsi votre sœur ; s'il en est besoin, nous joindrons nos instances aux vôtres.

Il se retira après avoir salué Marianna avec une aflèctueuse politesse. 11 avait l'habitude, avant de s'éloigner, de baiser chaque soir le front de Noëmi; ce soir-là, il se contenta de lui serrer la main. Noëmi le remercia dans son cœur de ce baiser qu'il n'avait pas donné. Les deux sœurs ne se séparèrent que bien avant dans la nuit.

cnAPiTRE XXVII. 379

Le lendemain, la nouvelle de l'arrivée de madame de Belnave s'étant répandue, tout Blanfort accourut pour la voir. Léonard avait moissonné toutes les fleurs de la saison pour les lui offrir. La mère Loriot, la mère Loutil, la mère Gillet, toutes les mères enfin dont avait parlé Léonard, et quelques autres encore, vinrent l'embrasser et la féliciter. Lorsqu'elle sortit avec sa sœur pour aller visiter le hameau, tous les visages lui firent fête. Toutefois, c'est à peine si elle reconnut le pauvre village d'autrefois. A la place des chaumières, s'élevaient des maisons d'une élégante propreté L'ardoise et la tuile avaient détrôné le chaume. On sentait que sous ces toits habitaient l'aisance et le bien-être. En voyant toutes les améliorations qui s'étaient opérées durant son absence , Marianna ne pouvait s'empêcher de réfléchir amèrement sur l'inutilité de sa vie et sur l'égoïsme de la passion. M. de Belnave n'était pas aflé, lui, pleurer sur les grèves solitaires, soupirer sous les mélancoliques ombrages. Aidé de M. Valtone, il avait changé l'aspect de ces campagnes ; tous deux avaient donné du travail aux bras inoccupés ; il n'était pas un de leurs jours qui n'eût servi au bonheur de leurs semblables; ils avaient combattu autour d'eux l'oisiveté et la misère ; le succès avait couronné leurs efforts. Noëmi, de son côté, avait contribué à cette œuvre, et sur son passage elle recueillait à Blanfort les bénédictions que Marianna avait à son retour recueillies à Vieilleville : bénédictions méritées, celles-là !

Les jours s'écoulaient sans qu'il fût question du

départ de Marianna. Vainement elle voulait s'arracher au charme qui la retenait ; elle attendait toujours au lendemain pour reprendre la route de son exil. Tout ce qui l'entourait encourageait si bien sa faiblesse! Noëmi était si tendre, M. Vallone si fraternel ! M. de Beinave n'était qu'affectueux et poli, mais il avait un tact si exquis pour ne pas la blesser par trop de froideur, pour ne pas l'humilier par trop de respect ! Il y avait à la fois tant de dignité dans sa bienveillance, tant de bienveillance dans sa dignité !

Marianna se reposait dans la paix de la vie domestique ; elle en étudiait les détails avec un intérêt mêlé d'étonnement, comme si c'eût été un spectacle nouveau pour elle. Elle respirait avec de secrètes délices l'air sain et fortifiant de l'ordre et du travail. M. de Beinave et M. Valtone étaient à toute heure occupés ; l'administration du ménage reposait tout entière sur Noémi, qui conciliait d'une façon adorable les soins de sa grâce et ceux de son autorité. Quoiqu'elle fût chargée de reprendre, de corriger, de refuser, d'épargner, choses qui font haïr presque toutes les femmes, elle s'était rendue aimable à tous ; la bonne tenue de la maison était sa gloire, elle s'en trouvait plus ornée que de sa beauté. On se réunissait aux heures des repas ; le soir, autour du globe de la lampe, devant les feux joyeux de l'automne, M. de Beinave lisait les journaux du jour, tandis que les femmes s'occupaient de travaux d'aiguille ; ou bien M. de Valtone racontait à sa fille quelque merveilleuse histoire qui en-

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