‹ Romans et nouvellesChapitre 2 sur 177 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

comme la nuit est sombre : il n'y a pas une étoile au ciel.

— Espérez, lui dit le jeune homme ; le soleil chassera les nuages ; le bonheur essuiera vos larmes.

— Ah ! poëte ! dit-elle en secouant tristement la tète.

Et elle éclata en sanglots.

George se leva avec un brusque mouvement d'impatience. Marianna l'entendit. Elle passa précipitamment son mouchoir sur ses yeux, rajusta sur son front ses cheveux épars ; et, se dégageant des plis de lampas qui l'enveloppaient , marcha vers Bussy, la mort dans le cœur, mais le sourire sur les lèvres. Elle était noble et belle, belle surtout de la beauté que lui avait enlevée la douleur.

— Pardonnez , lui dit-elle , George , pardonnezmoi. J'avais promis de vous cacher mes larmes. Je suis lâche; parfois mon cœur se brise, et toute force m'abandonne. Mais voyez, je souris ; voyez, je suis heureuse. Je ne pleurerai plus. Voulez-vous que je chante ? Je n'ai point oublié les airs qui vous charmaient. Dites un mot, je retrouverai, pour vous plaire, ma gaieté des anciens jours. 0 beaux jours î Tu me les rendras ; car tu es bon , George ; je sais que tu es bon, et tu ne veux pas que je meure. Ami, regardez-moi : c'est votre esclave qui vouiprie ; ne voyez-vous pas ma bouche qui vous sourû ei vous appelle ?

Et, se levant sur la pointe de ses petits pieds, elle se dressa vers Bussy, comme une gazelle grimpant aux flancs noirs d'un rocher aride.

A SURIANiNA.

Bussy déposa un baiser glacé sur le front de la belle suppliante, et, dénouant froidement les bras qu'elle lui avait jetés autour du cou :

— Eh ! non, sans doute, je ne veux pas que vous mouriez ! D'ailleurs, sachez donc bien, ma chère, qu'on ne meurt pas de ces choses-là.

La malheureuse cacha son visage dans ses mains ; puis, tombant aux genoux de Bussy, les cheveux en désordre, les yeux en pleurs, la poitrine haletante :

— Monsieur, monsieur, vous ne m'aimez plus ! cria-t-elle.

— Geo"ge,\lit Henry, froid de colère, en lui serrant le bras, vous êtes un méchant homme.

— Mes amis, dit George impassible, tâchons de ne point faire de mélodrame : le meilleur n'en vaut rien. Marianna, relevez-vous. Rassurez-vous, mon enfant, je vous aime. Quant à toi, Henry, lu n'es bon tout au plus qu'à faire de mauvais vers. Attends, pour juger les hommes et les choses, que tu aies secoué tes langes. Ta main se fatigue inutilement à me serrer le bras. Prends un siège, et sois calme. Spectateur d'une des scènes les plus difficiles de la vie, observe et médite ; cela ne t'empêchera pas de faire des sottises quand l'heure aura sonné pour toi.

— Marianna, poursuivit-il avec un impitoyable sang-froid, je vous aime tendrement. Quel que soit l'avenir que le sort nous réserve, ma pensée vous ^uivra partout, et ni l'oubli ni l'ingratitude ne flétriront les souvenirs dont vous avez embelli les derniers jours de ma jeunesse.

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