‹ Romans et nouvellesChapitre 31 sur 177 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tait, bruyait et s'épanouissait au soleil. Alors, elle s'agitait sans but; elle pleurait sans comprendre la cause de ses larmes ; elle cherchait les champs avec ardeur et les fuyait avec colère ; et, lorsqu'on traversant les prairies, elle voyait deux fleurs fraîchement entr'ouvertes qui se balançaient dans un même rayon de lumière, elle se plaignait à Dieu qui l'avait fiiite moins heureuse que l'ancolie ou la germandrée. Cette fois, aussi jeune, aussi belle que lui, elle salua le printemps des mille joyeux cris de son âme. Elle pleura, mais de volupté ; et madame Valione, étonnée de la voir sereine comme le ciel, vive et légère comme l'oiseau, épanouie comme les plantes, l'observait parfois avec inquiétude, et se demandait oj tout ce bonheur était bien la conquête de la résignation.

Ce fut à cette époque que M. de Belnave se vit appelé à Paris par les intérêts de sa maison. La révolution de Juillet venait de frapper le commerce dans toutes ses branches ; les fortunes les plus solides chancelaient ; la défiance était partout et l'argent nulle part. M. de Belnave avait à Paris une sœur qui l'avait sollicité plus d'une fois de lui amener Marianna, et, de son côté, Marianna avait manifesté souvent le désir de voir Paris, qu'elle ne connaissait pas. L'occasion était belle; il en profita. Il proposa à sa femme le voyage de la capitale : elle accepta et partit avec joie.

Noëmi, en la voyant partir, sentit son cœur triste jusqu'à la mort.

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