CHAPITRE V
Marianna entra dans la capitale par une de ces journées resplendissantes où Paris est inondé de vie et de lumière. Les quais étincelaient ; les tours de Notre-Dame, la Cité, les Tuileries, le Louvre, nageaient dans l'or et dans l'azur. Les brises printanières éparpillaient dans l'air les parfums enlevés aux coteaux boisés d'alentour. Partout la foule se pressait, cette foule parisienne, si triste, si sombre par la brume et la boue, mais si accorte, si coquette, si pleine de belle humeur quand elle marche sur des pavés secs, sous un ciel pur et serein. Les voitures se croisaient en tous sens. Les bataillons passaient, musique en tête : le vent se jouait dans les flammes et dans les aigrettes; les baïonneîîes reluisaient, comme la pluie d'orage au soleil. Les princes sortaient du Carrousel : les tambours battaient aux champs , les clairons retentissaient. Quel bruit ! quel luxe ! quel mouvement ! quelle fête ! Pour gagner l'hôtel de la sœur de M. de Belnave, la chaise de poste glissa sur les quais et traversa la place Louis XV. Les équipages volaient dans la poudre des Champs Élysées. Les amazones couraient aux bois , emportées par leurs coursiers rapides. Les orangers du jardin Royal exhalaient leurs jeunes senteurs ; le grand bassin envoyait au ciel son jet de cristal qui retombait en poussière irisée i