CHAPITRE T
avide de bruit et de changement, applaudissant à toutes les rébellions, prêtant la main à tous les désordres; et, comme le Paris de la Fronde, comptant avec orgueil des héros jeunes et vaillants, des hé roïnes jeunes et belles : car cette bizarre époque avait, comme sa sœur aînée, ses duchesses de Montpensier, de Longuevilleet de Montbazon; car, dans cette grande confusion, les sexes mêmes étaient contondus. Le caractère primitif de la femme menaçait de s'ettacer et de se perdre : la femme s'était constituée apôtre militant. Ce n'étaient pkis ces créatures de grâce et de tendresse qui, jusqu'alors, avaient régné par leur taiblesse, et ne s'étaient point enquises de leurs droits, tant elles avaient de doux privilèges, plus forts, plus puissants que les nôtres,' Ces types charmants, qui fleurissaient aux beaux jours de la belle société française, étaient remplacés par un type de temmes raisonneuses, fières et viriles, qui se mêlaient à nos luttes, descendaient dans l'arène, combattaient à nos côtés, et nous étonnaient parfois par leur mâle et bouillante audace. Tout était remis en question , les institutions sociales aussi bien que les institutions politiques et religieuses, les maris aussi bien que les dieux et les roh. Ce n'étaient de toutes parts que blasphèmes contre les lois, ironies sanglantes contre le mariage, aspirations effrénées vers un avenir meilleur. Toutes les places regorgeaient de législateurs de vingt ans, qui trouvaient le Christ un peu vieilli, et voulaient bien le suppléer dans le soin de diriger l'humanité. Dans leur évangile, la souffrance était présentée
comme une impiété, la résignation comme une lâcheté, la protestation comme un devoir. Ils affranchissaient la femme et divinisaient l'amour. Que vous dirai-je ? Le vieux monde tremblait sur sa base ; un monde nouveau semblait près d'éclore. La rage de destruction et de réédification s'était emparée de tous les courages, il ne se rencontrait partout que gens portant le glaive d'Attila d'une main et la lyre d'Amphion de l'autre. Hélas ! ainsi que le glaive, Id Ijre fut impuissante. Rome est encore debout : les murs de Thèbes rampent sous l'herbe. Qui nous dira où sont allés tant de nobles efforts et tant de belles espérances? Mais quel séjour, quelle patrie que ce Paris d'alors pour Marianna, qui le voyait pour la première fois ! Que de flatteurs, que de courtisans, que de complices durent partout l'accueillir, l'encourager et lui sourire ! Que de muettes sympathies, que de mystérieuses attractions entre cette âme et toutes ces âmes ! Et avec quel art, avec quelle adresse George ne sut-il pas exposer cette imprudente ardeur à toutes celles qui pouvaient l'égarer !
Tout ce remue-ménage social n'avait éveillé que de médiocres sympathies dans l'esprit de M. de Belnave. C'était là cependant un homme de travail et fils de ses œuvres ; mais l'audace des novateurs effrayait le paisible industriel qui, se méfiant un peu des expériences de nos Platons modernes, trouvait qu'au bout du compte le vieux monde n'allait pas trop mal. Essentiellement progressif en mctaliurgie^ il avait sur la propriétéj la famille et la