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CHAPITRE VI

racheter un moment d'erreur ! Le repentir vous mène à la révolte ! Il ne vous suffit pas d'être déchue de votre propre estime, il vous faut attirer sur vous la haine et le mépris du monde !

— Ah ! oui, le monde ! dit Marianna avec amertume ; tout est là pour vous autres. Pour vous, faillir n'est rien : c'est le grand jour qui fait le crime.

— Ma sœur, ce n'est pas mon avis. Je n'ai jamais envisagé le respect humain que comme un lien salutaire qui nous attache à nos devoirs, et qu'il est dangereux de briser, alors même que nous avons failli ; car le monde est plus puissant que nous : il peut jeter un pont ou creuser un abhiie entre Li chute et la réhabilitation, entre le repentir et la grâce. Toutefois, je hais le mensonge plus encon que le scandale ; et, si vous n'aviez à choisir qu'entre une soumission hypocrite et une rébellion ouverte, je n'hésiterais pas, dût mon cœur se briser, à vous pousser moi-même vers ce dernier écueil. Il voua reste une autre voie, rude sans doute, mais qui n'a rien dont puissent s'effrayer les belles âmes : c'est l'expiation par le sacritice. La passion vous a vaincue ; à votre tour, il faut la vaincre. Ce sera une grande lutte qui n'aura que Dieu pour témoin; Dieu vous viendra en aide, ma sœur. Il vous soutiendra dans cette dure épreuve; et moi, je serai près de vous pour essuyer les sueurs de votre front. Fout se répare, tout se rachète. Il n'est point de fautes irrémissibles : Dieu les reçoit toutes à rançon.

— Et M. de Deinave, pardonnera-til, lui? denanda Marianna d'une voix étouffée.

— M. de Belnave doit tout ignorer; vos fautes sont à vous, vous devez seule en porter la peine. Vous ne serez pas seule à la porter, ma sœur ; mais que votre époux ne soit point frappé dans son repos, dans son amour, dans son bonheur et dans son orgueil ; qu'il puisse vous retrouver un jour sans savoir qu'il vous avait perdue. Voyons, enfant, te sens-tu ce courage? ajouta Noëmi d'une voix moins grave et plus tendre.

— Tu n'aimes pas, toi ! dit Marianna d'un air sombre : la résignation te semble bien facile, tu n'as jamais souffert.

— Ma sœur, répliqua madame Valtone, toutes les souffrances ne crient pas. Il y a bien des douleurs qui marchent le front calme et serein, bien des tristesses qui n'ont jamais pleuré, bien des cœurs qui boivent leurs larmes. Va, je le sais bien, moi, que la résignation n'est pas chose facile! Que serait la vertu si elle ne coûtait point d'efforts?

— Tu souffres donc aussi ? dit Marianna en regardant Noëmi avec un air de douloureux étonnement. Tu souffres ! répéta-t-elle avec cette secrète joie du coupable qui, dans un juge redouté, croit apercevoir un complice. Mais tu me trompais donc ! mais il est donc vrai que nous ne sommes pas heureuses ! Ce bonheur que tu m'accusais de nier, tu n'y croyais donc pas ! Ah! dis, que cette existence est lourde et que notre destinée est amère ! Dis, estce là ce que nous avions rêvé ? Parle, que sont devenues les promesses de nos belles années? Tu t'en souviens, ma sœur, lorsque, seules et libres, noua

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