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CHAPITRE VII

les sentiments de Biissy, s'il est vrai que tant d'amour

— Si je l'aime! madame, répondit George en s'écliauffant; et qui donc l'aimerait, si je ne l'aimais pas? Écoutez, poursuivit-il avec un touchant abandon : j'étais seul ici -bas j il ne me restait rien, ni parents, ni amis. Je n'ai jamais connu ma mère. II n'était pas en ce monde une âme qui s'intéressât à moi, pas une pensée fraternelle où pût se réfugier la mienne, pas un être qui, me voyant triste, me serrât la main en me disant: Qu'as- tu ? Le passé ne m'avait laissé que des souvenirs désolés. Je portais en moi un deuil qui s'étendait sur toutes choses. Mon présent était désert, mon avenir désenchanté. Votre sœur m'apparut, et ma vie fut changée. Votre sœur peupla ma solitude ; elle me rendit la jeunesse, l'espérance et la foi. Je dépouillai le vieil homme, et me sentis renaître. Je me croyais maudit, elle me fit croire à la bénédiction divine. A la plante fictiie elle donna la rosée du ciel. Digne autrefois de la pitié de tous, digne à cette heure de l'envie des élus, voilà ce que j'étais, voilà ce que je suis» Eh bien , si je ne devais conserver tant de félicités qu'au prix de celle de mon sauveur, si je ne pouvais m'abreuver à tant de joies sans en altérer la source, si je croyais enfin qu'il y eût quelque égoïsme à river à ma destinée une destinée si chère, j'en atteste ce que les hommes ont de plus sacré, je repousserais le dévouement qui m'est offert, mon amour s'immolerait plutôt que d'accepter un si grand sacrifice, il se deshériterait lui-même, il serait

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lui-même Tange au glaive de feu qui me fermerait la porte de l'Éden. Mon cœur se briserait; mais du moins j'aurais assuré à votre sœur un avenir paisible et fortuné; je ne l'aurais point exposée aux vents qui flétrissent, aux orages qui tuent, et la pensée de son bonheur, qui me suivrait pa''tout, me ferait la vie moins amère.

Il est si aisé de deviner la conduite et le mouvement de cette scène, qu'il serait superflu d'en raconter tous les détails. Après s'être placé sur un terrain où chaque concession devait tourner à son honneur, George le disputa pied à pied avec une singulière adresse, ne cédant qu'à regret, âpre à la résistance, reprenant parfois l'avantage qu'il avait perdu, puis frayant tout à coup à son adversaire des voies de facile conquête ; dévissant lui-même les jiiôces de son armure, pour ménager à Noëmi la gloire de le désarmer ; n'attaquant que pour se découvrir, ne portant un coup que pour s'offrir à la riposte, et ne rompant qu'avec désespoir devant madame Valtone, qui le pressait avec une intrépide bonne foi. Sivousavez jamais joué avec quelque bel enfant, qui prétendait lutter avec vous de vigueur, d'adresse et de force ; s'il vous souvient des coquetteries charmantes dont vous nous avez entouré le triomphe de sa faiblesse ; si vous n'avez point oublié les gracieux efforts qui vous ont aidé à couvrir la flatterie de votre défaite, vous aurez une idée assez exacte de l'art que déploya Bussy en cette circonstance. Seulement, entre George et Noëmi, le jeu était plus sérieux, et faisait nioins d'honneur au

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