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CHAPITRE VII. m

celles. Peut-être aussi la vanité, qui donne du courage aux poltrons, suppléait-elle en lui au véritable amour. Exalté par tant d'émotions, il était bien près d'oublier son rôle et de se soumettre à la volonté qu'il était venu combattre, lorsque m,adame Valtone entra fort heureusement pour l'encourager et le soutenir.

Noëmi se jeta aux genoux de sa sœur, elle les embrassa ;elle conjura Bussy de se remettre à l'œuvre, de reprendre vertu et courage, de ne point faiblir dans la voie généreuse où il s'était engagé. Elle supplia d'une voix si déchirante , agenouillée aux pieds de Marianna, le visage baigné de pleurs, ses longs cheveux déroulés et flottant en désordre sur son col et sur ses épaules; elle était si belle, si noble et si touchante, que madame de Beinave se sentit remuée jusque dans le fond de l'âme.

— Ce n'est pas là ta pla^e, c'est la mienne ! s'écria-t-elle avecdésespoiren s'efforçant de la relever.

Ranimé par madame Valtone, Bussy revint à la charge. Il y avait dans toutes ses paroles un sentiment d'abnégation si douloureux et si réel ; il semblait si bien, et peut-être alors lecroyait-il lui-même, s'immoler dans ce qu'il avait de plus cher, que madame de Beinave ne put s'irriter de tant d'insistance, et qu'elle commença à fléchir. Noëmi était toujours à ses genoux, toujours éplorée et suppliante.

— Au nom de notre sainte aïeule, qui nous a bénies en mourant et qui m'a laissé le soin de veiller sur ta tête chérie, viens, ne me résiste pas ! disaitelle Au nom de ton époux qui a mis en toi toutes

ses joies etqui n'a pas mérité tant d'outrages, viens ! Viens, au nom de cet homme qui l'a perdue et qui veut te sauver ! N'attache pas à sa vie un remords éternel ; ménage-lui la gloire de te relever après l'avoir entraînée dans sa chute. Je ne parle pas de moi qui t'implore : pourtant, s'il est vraie que j'ai veillé sur ton enfance avec la tendresse d'une mère, s'il est vrai que je t'aie bien aimée et que tu sois encore aujourd'hui ce que j'ai de plus cher au monde, viens, ma sœur, ne me résiste pas !

— Vous me rendrez folle ! vous me rendrez folle ! s'écria Marianna en se frappant le front.

— Mais tu ne prévois donc rien! mais tu ne comprends donc rien ! ajouta Noëmi , qui venait d'être saisie d'une inspiration soudaine, ou qui avait gardé tout exprès son meilleur argument pour le dernier; mais, pauvre enfant, tu n'entrevois donc pas les suites funestes de ton obstination! Tu as donc espéré que ton mari demeurerait spectateur impassible de son déshonneur et du tien ! Tu ne sais donc pas que les hommes lavent leurs atfronts dans le sang !

Marianna poussa un cri et cacha son visage dans ses mains.

— Madame , dit Bussy en se tournant vers elle, ce n'est pas là ce qui doit vous effrayer. La vie de M. de Belnave me sera toujours sacrée; quant à la mienne....

Un geste de facile résignation exprima le reste de sa pensée.

11 y eut un long silence , durant lequel on n'entendit que les sanglots de Marianna.

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