CHAPITRE VII
— Partons, dit-elle enfin ; je suis prête , partons.
Madame Valtone se leva avec transport, et la serra étroitement sur sa poitrine. Pour George, il fut a-tterré. Dégagé du poids de son égoïsme qui désormais n'avait plus rien à redouter, sa passion se réveilla plus vive et plus ardente. Dès qu'il n'eut plus à se méfier de ses bons instincts, il les sentit accourir en foule. Un instant étouffées, toutes les voix de la jeunesse se réveillèrent en lui pour l'accuser et pour se plaindre. Il regarda Marianna : jamais elle ne lui avait paru si belle. Il comprit tout ce qu'il allait perdre, et son cœur se brisa; ses yeux qui ne pleuraient jamais, s'humectèrent; et son visage, pâle et défait, exprima un sentiment de douleur qui, cette fois, était bien véritable. Par un mouvement de brusque sympathie, madame Valtone lui tendit la main : George la prit et pleura.
Le départ des deux sœurs fut fixé au jour suivant. Toutes deux devaient aller ensemble jusqu'à Vierzon, où elles avaient une commune amie d'enfance. Là, madame Valtone se séparerait de Marianna et se rendrait la première à Blanfort. Pictenue dans sa clianibre par de vieilles douleurs, madame Saisedo n'avait pas été instruite de l'arrivée de Noëmi, que, d'ailleurs, elle ne connaissait pas. Mariette, la femme de chambre, était une discrète et dévouée créature, sur le «ilcnce de laquelle on pou-
vait compter hardiment. Le voyage deNoëmi à Paris resterait donc pojir M. de Belnave un impéntUrable mystère. Après deux jours passés à Vierzon, Marianna reviendrait à Blanfort, où il serait facile de motiver son prompt retour. De son côté, George devait partir pour un long voyage qui l'éloignerait de la France. C'était une séparation éternelle.
Le jour fatal arriva. Tous trois étaient réunis dans la chambre de madame de Belnave. Madame Valtone, pâle et silencieuse, se tenait discrèlementdans l'embrasure d'une fenêtre. Au milieu des objets en désordre, dans cette chambre d'où la vie allait se retirer, George et Marianna échangeaient leur muet désespoir. A un signal de Noëmi, tous deux se levèrent : l'heure était venue, l'heure des derniers adieux ! Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. La porte du salon était ouverte et ils allaient en franchir le seuil, lorsqu'un violent coup de sonnette retentit dans l'antichambre : le parquet résonna sous un pas sec et précipité, et tous trois reculèrent devant l'apparition d'un personnage qu'ils n'attendaient pas. Son visage était pâle, ses vêtements couverts de poussière. Marianna, en l'apercevant, s'était laissée tomber sur un siège. Triste sans humeur, sévère sans courroux, il s'avança lentement vers elle, et demeura quelques instants à la contempler en silence. Noëmi s'était approchée de sa sœnr, conmic pour la proléger. George se tenait debout et inmiobile.