‹ Romans et nouvellesChapitre 6 sur 177 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que tu m'outrages, que pensais-tu donc, misérable? Que j'étais une de ces fenunes qui portent légèrement la honte, et que tu pourrais, à ton caprice, dénouer cet amour suivant la loi des amours vulgaires? Tu t'abusais. J'ai trempé mon chevet de mes pleurs; quand la joie te souriait sur mes lèvres, un serpent me rongeait le sein. Ah! que tu les as bien vengés, ceux que j'ai follement délaissés pour toi! Ah! que Dieu t'avait bien choisi pour me perdre et pour me punir, instrument fatal de ma destinée! Oui, mon Dieu, je fus criminelle, mais vous savez aussi que j'ai bien expié mes fautes. Mon Dieu, j'ai bien souffert, vous le savez, Seigneur ! Les anges delà douleur ont dû porter jusqu'à vous les sanglots de mon repentir. Vous savez tout ce que cette âme désolée a nourri de regrets dévorants, et de sombres tristesses, et de pensées amères! Mais toi, qu'en savais-tu? Dans cet enfer où tu m'avais plongée, astu surpris parfois un retour de mon cœur vers les biens que tu m'avais ravis? Je ne t'en ai jamais redemandé qu'un seul : c'était ton amour, que tu m'avais juré , toujours jeune , brûlant , éternel! Parle, ne l'avais-je pas acheté par d'assez rudes sacrifices? N'avais-je pas à ta tendresse des droits sacrés et légitimes? Toi, réponds, qu'as-tu fait pour moi? Parjure, tu ne m'as point aimée; lâche, tu me repousses; infâme, après m'avoir brisée, lu me jettes l'injure et l'outrage! George, c'est bien, poursuis ton œuvre! Le jour de la justice arrivera, nos comptes seront réglés devant Dieu et devant les tommes.

— Je crois, répondit Biissy, que Dieu se mêle rarement de ces sortes d'aftaires; quant aux hommes, il est à souhaiter qu'ils s'en mêlent plus rarement encore. Au reste, madame, je me soumets d'avance et sans nuu'murcr à l'arrêt de mes juges; quelle qu'en soit la rigueur, j'en apprécierai l'indulgence. Insensé que j'étais, d'avoir pu croire un instant que votre bonheur habitait en moi, et que la fatalité s'était lassée de me poursuivre! Allez, chargez un misérable de tout le poids de votre colèn : oubliez que je souffre, oubliez mes douleurs pour ne vous rappeler que mes crimes; accablezmoi de votre exécration ; foulez-moi aux pieds de votre mépris. Peut-être cependant mérité-je quelque pitié; peut-être aussi pouviez-vous me laisser le soin de votre propre haine, car je ne saurais vous être plus odieux que je ne le suis à moimême.

— 0 mon unique amour ? ô ma vie ! ô mon Dieu ! s'écria la pauvre égarée ; c'est moi qui suis une misérable femme, c'est moi qu'il faut haïr, c'est toi qu'il faut aimer ! Tiens, je suisàtes genoux quejembrasse, c'est là que je veux mourir situ ne m'appelles sur ton cœur. Tu souffres, mon George? qu'as-tu? Auraislu des chagrins que je ne puisse guérir? Tu souffres, et moi qui t'accusais ! Va, sois dur, sois impitoyable : n'es-tu pas bien le maître et ne suis-jc pas ta servante ? Henry, je ne veux pas que vous le contrariiez; je veux que vous le laissiez faire; mais toi, laisse-moi t'aimer, et tu me verras heureuse entre les plus huereuses, et tant d'amour te touchera

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