CHAPITRE IX
point reculer devant elles, c'est déjà l'avoir accomplie. Vous l'accomplirez, c'est mon cœur qui me le dit. Quelque dures que soient les épreuves qui vous sont réservées, vous en triompherez, ayez bonne espérance. Vous arriverez à la confiance et à la joie, par l'échange de vos découragements, de vos doutes et de vos tristesses. Vous, mon frère, vous porterez le fardeau de Marianna; toi, ma sœur, celui de ton époux. Et moi, je serai près de vous pour vous encourager, au besoin pour vous soutenir.
— C'est ainsi que j'entends mes devoirs, dit M. de Belnave; vous, Marianna, comprenez-vous ainsi les vôtres ?
— Je comprends vos devoirs comme des dévouements sublimes, les miens comme de trop justes expiations : j'accepte les uns et les autres, réponditelle avec dignité.
— Relevez-vous donc, dit M. de Belnave en lui tendant la main ; tant qu'une autre image que la mienne pourra se placer entre vous et moi, je n'oserai pas vous appeler sur mon cœur.
— Monsieur, dit Marianna sans se relever et en baissant la tête, il ne m'appartient pas de vous imposer des conditions; oserai-je cependant implorer de vous une dernière grâce, sans laquelle toutes les autres ne seraient rien ?
— Je vous écoute, répondit-il ; j'ai tant de foi en votre honneur, que je ne sais rien, même à cette heure, que je puisse vous refnser.
Elle rougit, hésita longtemps; puis, faisant un pécible effort sur eUe-même :
— Monsieur, promettez-moi, dit-elle, denejamaîs vous rencontrer avec le complice de mon égarement. Promettez-moi, comme je vous le promets, de ne jamais le chercher. S'il vous tuait, je me tuerais ; si vous le tuiez, je ne vous verrais de ma vie.
La figure de M. de Belnave s'assombrit et il demeura silencieux.
— Vous n'avez pas à vous venger, mon frère, dit Noëmi d'une voix timide et suppliante.
— Je vous le promets, dit-il enfin, je vous le jure. Et maintenant relevez-vous, car dès à présent notre tâche commence et votre Dlace n'est plus à mes genoux.
Il lui tendit de nouveau la main. Elle la prit, la baisa. Comme elle restait dans la même altitude, M. de Belnave la souleva ; et, sans le vouloir, en se relevant, Marianna se trouva dans ses bras ; s'en arrachant aussitôt avec honte, elle y poussa doucement Noëmi.
Ainsi se passa cette scène : grave, sérieuse, sans vaines récriminations, sans attendrissement puéril. Madame Valtone couvrit Marianna du voile de son innocence. Elle étouffa le cri d'une conscience noble, mais imprudente ; elle prévint les aveux de sa sœur; elle trompa M. de Belnave pour les sauver tous deux. Marianna fut touchée sans doute de la conduite de son mari, et son orgueil dut s'humilier devant une lertu si grande. Sans doute, en voyant quelle âme elle avait outragée, elle comprit l'énormite de ses fautes ; en cédant à la voix de son époux, elle obéil •au mouvementde son proprecœur. Mais, sans doute