‹ Romans et nouvellesChapitre 64 sur 177 · CHAPITRE IX. ÎC · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. ÎC

aussi, ce cœur superbe aurait rejeté avec indignation le mensonge de Noëmi, et, renonçant à tout espoir de pardon, se serait accusé impitoyablement luimême, s'il n'eût tremblé pour la vie de M. de Belnave, et pour une autre vie non moins chère.

M. Valtone, qui, par discrétion, s'était abstenu de paraître à la première entrevue, arriva quelques heures après. Durant la route, les deux amis s'étaient tout confié l'un à l'autre. M. Valtone avait pris connaissance de la lettre de George Bussy ; M. de Belnave, en arrivant à Paris, savait que Noëmi l'y avait devancé. Tous deux étaient venus avec des idées de vengeance : seulement M. de Belnave avait considéré la vengeance comme un espoir éloigné, comme le dernier parti qu'il lui resterait à prendre, dans le cas où tout serait perdu pour lui ; M. Valtone, au contraire, l'avait envisagée comme le but direct, comme la conséquence obligée de ce voyage, et, à vrai dire, il n'avait suivi M. de Belnave que pour l'assister dans la rencontre qu'il regardait comme inévitable. Il serait difficile de peindre letourdissement de l'honnête M. Valtone, lorsqu'il apprit que toute cette affaire était terminée à l'amiable, et qu'on retournerait, sans coup férir, à Blanfort. Il crut d'abord que M. de Belnave voulait détourner les soupçons de Noëmi et de Marianna , il le prit à part et l'entraîna dans l'embrasure d'uni fenêtre.

— Tu as raison, lui dit-il, de parler ainsi devant ces femmes ; mais le temps presse, il faut agir. Je vai? de ce pas chez notre honmie, pour m'enlcndre

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avec lui sur l'heure et le lieu du combat. Tu as le choix des armes ; tu te battras à l'épée et tu le tueras; sinon, je m'en charge, et de toute manière tu seras vengé.

— Merci , mon bon Valtone , merci , répliqua M. de Beinave en lui serrant la main. Je te l'ai dit, nous partons demain, je ne me battrai pas. Viens, ajouta-t-il en le ramenant vers Noëmi, je te raconterai cela plus tard.

M. Valtone pensa que M. de Beinave était fou, car il le eavait brave. Sa figure s'allongea singulièrement, et sans doute il n'eût pasépargné ses réflexions à son ami, si Noëmi ne lui eût pris le bras, en le rriant de l'accompagner à son hôtel. Les deux méi.ages se séparèrent, après être convenus deseréul.ir le lendemain, à l'heure du départ.

La journée était belle. M. Valtone connaissait Taris. Les deux époux revinrent à pied par le bou- Ji'vard. Ils marchèrent d'abord silencieux. Noëmi é ait souffrante ; tant d'émotions l'avaient épuisée. h. Valtone allait d'un pas boudeur, et de temps en t.;mps son humeur se manifestait par une espèce de grognement sourd, accompagné d'un geste éner- %Mque. 11 avait l'air d'un ours mécontent.

— Qu'as-tu donc ? lui demanda enfin Noëmi.

— Ce que j'ai? répondit-il brusquement; j'ai qu'il se passe ici d'étranges choses.

— Voyons, que se passe-t-il? demanda-t-elled'un air résolu.

— Rien de ce qui devrait se passer , répliqua M. Valtone ; les femmes perdent la tête et les hommes

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