‹ Romans et nouvellesChapitre 66 sur 177 · CHAPITRE IX. i-il · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. i-il

mère qui n'avait qu'un fils ? Sais-tu si chaquejour, à toute heure, il ne s'élève pas, de quelque âme navrée, une voix pour t'accuser et te maudire? Je veux croire que lu t'es calomnié en croyant te vanter; car, autrement, il me semblerait toujours sentir quelque chose de froid entre ton cœur et le mien.

— Allons, allons ! dit M. Valtone qu'avaient un peu calmé ces paroles sévères, il ne faut pas ainsi prendre au sérieux des histoires pour rire. Et puis, au bout du compte, chacun entend l'honneur à s\ façon. Seulement, je me permets de dire qu'à la place de Belnave...

— Je me permets de te dire, moi, qu'à la place do M. de Belnave tu n'aurais fait que des sottises. J'ajoute que mon beau-frère s'est conduit en galant homme, en homme d'esprit et de cœur, et qu'il aurait forcé mon estime aujourd'hui s'il ne l'eût pas depuis longtemps acquise.

— Décidément, voilà qui est bien ; le tout est de s'entendre. Qu'il plaise au premier freluquet venu de boire notre vin, de s'asseoir à notre table, de ronfler sous notre toit, et, pour prix de l'hospitalité reçue, de prendre notre femme, nous sommes trop heureux. Ne te semble-t-il pas que de Belnave lurait dû demander pardoïi à M. Bussy, pour être v snu si brusquement l'interrompre dans son bonheu ' ? En vérité, notre beau-frère s'est conduit avec I dernière inconvenance.

— Pauvres maris, dit Noëmi , que vous méiitci bien tout ce qui vous arrive ! Votre rôle serait si beau, si vous vouliez une fois le comprendre. Tiens, Val-

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toîie, je vais te poser un raisonnement bien simple. Comment s'y est pris M. Bussy pour se (inve aimer de Marianna ? Par quels maléfices est-il parvenu à surprendre son cœur ? Il s'est contenté de se montrer plus tendre, plus passionné et plus aimable que M. de Belnave. C'est ainsi que s'y prennent tous les amants. Eli bien , vous, messieurs nos maris, pourquoi ne disputeriez-vous pas vos femmes avec les mêmes artifices? Pourquoi n'emploieriez -vous pas, pour les conserver, les ruses qu'on met en jeu pour vous les ravir? Vous vous emportez au premier soupçon ; quand vous devriez redoubler de soins et de tendresse, vous devenez plus insupportables que jamais. Il semble que vous ayez, en vous mariant, renoncé à plaire et à charmer. Qu'arrive-t-il ? L'amant profite de vos maladresses ; et vous, pour les couronner, vous sautez sur votre grand sabre, et vous voilà partis pour vous venger ! Eh ! vengezvous, mais laissez votre sabre dormir dans le fourreau. Le cœur d'une femme se conquiert par d'autres armes, et vous n'entendez rien à l'amour.

Tout en causant de la sorte, les deux époux arrivèrent à l'hôtel de la rue Jean-Jacques Rousseau. Noëmi n'en pouvait plus : cette longue course au soleil du printemps avait achevé d'épuiser ce qui restait en elle de fjrce et d'énergie. Elle se jeta sur un lit et ne tarda pas à s'endormir. Elle dormit d'abord d'un sonmieil agité et intermittent ; son pouls était vif et rapide, sa respiration brûlante. M. Valtone demeura près d'elle. Au bout de quelques heures, le sommeil était plus caluie; les synîptôiiies de fièvre

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