CHAPITRE XI
Après sa glorieuse expédition, M. Valtcne se sépara du capitaine <iérard et se rendit à son hôtel. Il entra dans la ctianibre ie sa femme. L'aspect de ^loën)I, reposant paisiblement, le ramena subitement à des idées plus calmes. Madame Valtone, s'éveillant à demi, lui tendit 'la main et l'attira doucement à elle. Il la baisa au front : ce baiser le dégrisa. Il se retira dans une chambre voisine et ne tarda pas à s'endormir avec la conscience qu'il avait tait une sottise. 11 n'en dormit pas moins du sommeil du juste. Il avait laissé ses fenêtres ouvertes; l'air trais du matin le réveilla. Il se leva brusquement, comme poursuivi par un mauvais rêve. 11 crut, en etlét, que c'était un rêve ; mais, en rassemblant ses souvenirs, il se trouve lace à tace avec la réalité. Les fumées du vin s'étaient dissipées, avec elles les belliqueuses influences du capitaine Gérard; et, bien qu'il lui restât au cœur un vit ressentiment de l'impunité de Biissy, il se demanda si Dieu lui avait contié le soin de sa justice, ou M. de Beinave celui de sa vengeance. Il eh était à regretter son échauflourée, brsque le Capitaine entra. Ui'and même M. Valtone eût été décidé à retirer sa provocation, l'amour-propre l'aurait nécessairement ramené à sa résolution de la veilîe. L'ne voiture attendait à la porte; ils sortirent à pas étoutïés, afin de ne pas éveiller Nnëiiii. Bï, Valtone tenait sous son manteau lei deux epées
qu'il avait apportées de Bianfort. Ils montèrent en voiture et se firent conduire au bois. George et Henry les attendaient à la porte de Saint-Mandé. Tout se passa de la façon la plus convenable.
Au bout de quelques heures, M. Valtone était de retour auprès de sa femme. Tous deux s'acheminèrent vers la demeure de leurs amis. Ils trouvèrent Marianna seule : M. de Belnave était sorti de grand matin. Les deux sœurs s'embrassèrent. M. Valtone avait l'air contraint. Quand Marianna lui tendit la main, il setroubla et n'offrit pas la sienne. Marianna pensa que c'était mépris, et son cœur se gonfla.
Quelques instants après, M. de Belnave rentra. M. Valtone évita de lui parler et mit un étrange empressement à hâter fheure du départ; mais il était écrit là-haut que Marianna ne partirait pas.
On servit le thé ; le déjeuner fut silencieux. M. Valtone ne mangea pas : il était sombre et préoccupé. Noëmi en ayant lait tout haut la remarque, il se leva avec humeur et s'approcha de la fenêtre» pour voir si les chevaux de poste arrivaient.
Enveloppée de son châle, Marianna se tenait assise, les bras croisés, pâle et immobile; on eût dit la statue de la Douleur. Elle attendait, prête et résignée, sûre en même temps que son départ ne s'accomplirait pas. Quel obstacle, quelle barrière devait surgir tout à coup entre elle etBlanlort? Elle l'ignorait; mais cette organisation nerveuse frissonnait sous le vague pressentiment de sa destinée.
Cependant le pavé de la cour résonnait sous le