‹ Romans et nouvellesChapitre 76 sur 177 · CHAPITRE XI. 4G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 4G

pas des chevaux. Les postillons sifllaient en attelant et faisaient claquer leurs fouets. M. de Belnave, M. Valtone etNoëmi s'étaient levés; Marianna seuk n'avait pas changé d'attitude. Elle était toujours à la même place , le regard fixe, le corps immobile, comme étrangère à ce qui se passait autour d'elle. Ils demeurèrent longtemps à la contempler avec tristesse, sans oser la rappeler au sentiment de l'heure présente. Sa respiration devenait inégale et rapide; son visage s'allumait; ses yeux brillaient d'un éclat maladif.

— Ma sœur, dit enfin Noëmi en s'appuyant tendrement sur elle^ nous partons, nous retournons à Blanfort.

— A Blanfort? demanda Marianna d'un air distrait. Ah! oui, ajouta-t-elle, — où l'on pleure. Te rappelles-tu, Noëmi, que le matin, en allant aux champs, nous trouvions une larme à chaque brin d herbe? C'est que, la nuit, j'avais pas»é par là.

Madame Valtone lui prit la main et s'aperçut

qu'elle avait une fièvre assez ardente.

M. de Belnave s'approcha de sa femme et lui dit : — Ne vous sentez-vous plus la volonté de revenir

avec ceux qui vous aiment? Je vous supplie de ne

pcs désespérer du bonheur :i'ai besoin de tout mon

courage.

— Ami, répondit Marianna sans le regarder et comme se parlant à elle-même, ami, vous êtes bon, vous êtes un noble coAir. Ah! le ciel m'est témoin que je n'^n ai jamais douté. Je n'étais pas digne de vous, i A destioée vous devait une com-

gnc meilleure : la destinée est souvent injuste. Je prierai Dieu pour qu'il vous récompense dn tout ee que vous avez souffert à cause de moi. Oli ! oui, vous êtes un noble cœur. Ma sœui' aussi est bonne; c'est un ange, ma sœur! C'est l'épouse qu'il vous fallait. Vous êtes bons tous trois , vous valez mieux que moi. Et pourtant, je ne suis pas iiéchante : vous savez bien que je vous aime. Vous rappelez-vous qu'à Blanforl j'étais votre enfant? Tous trois vous m'a|ipeliez ainsi : votre enf.int, votre enfant bien triste !

— Allons allons! s'écria brusquement M. Vallons, les postillons sont en selle, la route est longue, nous aurons le temps de causer.

— Vous serez toujours noire enfant bien-aimée, dit M. Belnave. Venez nous tâclierons de vous guérir.

— Oh ! oui, je guérirai, dit-elle avec un mélancolique sourire. Soyez sûr que Je guérirai. Mais pourquoi les chevaux ne marehent-ils pas? 11 me i.eml)le que la voiture est toujours à la même place. Dieu ! que le soleil est brûlant ! Le ciel est embrasé ; une nier de feu nous entoure. Je sais une vallée où l'air est si frais et si pur !

— A Blanfort où nous allons, ma sœur, dit Noëmi, qui cherchait à la ramener au sentiment de ses devoirs.

— Plus loin , plus loin ! s'écria Marianna : là-bas , )ù j'ai guûlé la vie, aux lieux où la vie est si belle! Regarde, Noëmi, ne vois-tu pas blanchir à l'horizon •es cimes couronnées de neige? Écoule, c'est le

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