‹ Romans et nouvellesChapitre 77 sur 177 · CHAPITRE XI. Î6Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. Î6Ô

bruit des cascades. Viens t'asseoii près de moi , sur a bruyère en fleur : j'ai tant de choses à te dire ! M. de Belnave et Noëmi échan^'èrent un regard de découragement. 11 se fit un long et pénible silence.

— Renvoyez les chevaux, dit enfin M. de Belnave . Aïarianna n'est pas en état de partir aujourd'hui.

— Ce n'est rien , absolument rien ! s'écria M. Valtone avec impatience : un peu de fièvre que le mouvement de la voiture dissipera ; partons.

En eiïet, le pouls de Marianna devenait moms rapide, sa main moins chaude, son regard moins ardent.

— Oui , parlons , dit-elle en reprenant ses sens. Elle essaya de se lever ; mais , ses forces trahissant

son courage, elle retomba sur son siège.

Au même instant , un étranger entra dans la chambre et demanda à haute voix madame de Belnave. Marianna tendit la main : il y déposa une lettre et sortit.

M. Valtone pâlit; M. de Belnave, par discrétion, s'était éloigné de quelques pas.

Une vive anxiété se peignait sur la figure de Noëmi.

Marianne rompit précipitamment le cachet ; avant de déplier la lettre, elle appuya fortement une main sur sa poitrine, comme si elle eût craint que son cœur n'en brisât les parois.

Au bruit que firent les feuillets en s'ouvrant, chacun de ces quatre personnages sentit un frisson courir dans ses os.

Cette lettre était celle que George avait écnfe, la veille, à madame de Belnave, alors qu'il attendait la provocation du mari. C'étaient ses derniers adieux à Marianna, ses derniers adieux à la vie : car il jurait de respecter les jours de M. de Belnave. Au bas de la dernière page, en post-scriptum, se trouvaient les lignes suivantes :

0 Madame ,

« Mortellement blessé, George voudrait vous voir c avant d'expirer. Hâtez-vous.

0 Heisry F. »

Marianna lut chaque feuillet d'un seul regard. Ce fut l'affaire d'une seconde : moins rapide est la lueur de l'éclair. Elle se leva d'un bond, l'œil enflammé, la bouche tremblante. Elle marcha, comme une lionne, sur M. de Belnave, et, le saisissant par le bras :

— Vous l'avez tué ! s'écria-t-elle. Un homme sans défense, un homme que vous aviez promis d'épargner, que vous aviez juré de ne jamais revoir.... vous l'avez tué ! Ah ! vous êtes infâme ! Pour qui donc consentais-je à vous suivre? Pour qui retournais-je à Blanfort? Pour qui me résignais-je à reprendre ma chaîne? Etait-ce pour vous ou pour lui? Eh ! que me fait à moi votre Blanfort où l'on meurt? En retournant à vous, c'était lui que j'aimais. Eh bien , nous sommes quittes ! Vous l'avez tué trop tard, j'avais pris soin de vous absoudre. Vous me trompiez, je vous trompais aussi. J'usurpais votre

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