CHAPITRE XIL
George ne mourut pas. La blessure était grave, mais non mortelle. Ses jours furent en danger, le lèle éclairé de la science, et mieux encore la solli-
citude d'Henry et de Marianna, le rappelèrent à la vie. Ce fut à son chevet qu'ils se virent pour la première fois. Ces deux cœurs, qui jusqu'alors avaient vécu étrangers l'un à l'autre, se fondirent dans un même sentiment de désespoir et de tendresse ; ils se rencontrèrent dans Bussy. Tous deux se disputèrent la gloire de le sauver, et tentèrent de se dérober mutuell' ment leur part de dévouement. Vainement Henry supplia madame de Belnave de se reposer sur lui du soin de veiller sur leur ami, vainement Marianna insista pour que cet enfant se retirât parfois et prît quelque sommeil : ni l'un ni l'autre ne consentit à céder sa place près du lit du blessé.
Durant les premiers jours, tout leur être fut exclusivement absorbé par d'inexprimables angoisses. Ils échangèrent à peine quelques paroles, de furtifs regards de terreur. Madame de Belnave ne songeait même pas à se demander quel était ce jeune homme qui partageait avec elle le douloureux bonheur de veiller son amant : Henry, de son côté, ne s'inquiétait pas de savoir si Marianna était jeune et belle, et digne de l'amour qu'elle avait inspiré. Leur vie tout entière semblait suspendue au souffle d'un mourant. Cependant les symptômes alarmants disparurent; l'inflammation s'éteignit; la blessure se ferma. Un rayon d'espoir éclaira ces deux âmes qui ne se connaissaient encore que pour s'être nourries silencieusement delà même douleur. Dès lors, elles s'observèrent l'une l'autre avec intérêt ; échappées au même danger, elles se reconnurent pour sœurs