‹ Romans et nouvellesChapitre 80 sur 177 · CHAPITRE XII. 17.J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 17.J

au jour de la délivrance, et ne tardèrent pas à se répandre en fraternels épanchements.

La convalescence de Bussy fut longue. Henry el Marianna passèrent ensemble à son chevet bien des nuits saas sommeil. Une fois rassurés sur le sort d'une tête si chère, ils trouvèrent à ces longues veillées mille charmes qui en abrégeaient les heures et en allégeaient la fatigue. Quand George rcposail doucement, et que sa respiration, paisible et mesurée, permettait à ses deux amis l'espérance et la sécurité, retirés dans un coin de la chambre, à la lueur voilée de la lampe, tous deux, s'entretenaient à voix basse et mêlaient leurs confidences dans le silence de la nuit. Marianna aimait tout ce que disait Henry: car les discours de ce jeune homme étaient pleins du nom de Bussy, et l'image adorée y revenait sans cesse. Elle aimait à le voir remonter le cours de ses années ; à chercher avec lui, sur chaque rivage, les traces que George y avait laissées. Elle se plaisait aux suaves récits des joies de leur enfance. Elle lui faisait raconter l'histoire de leur intimité ; et cette histoire, Henry ne la racontait pas, il la chantait comme un poëme : car il était encore à cet âge où le cœur épanche dans l'amitié l'amour sans but qui le tourmente. Marianna écoutait avec ravissement le langage exalté de cette tendresse. Intérieurement, elle remerciait Henry d'exprimer ce qu'elle n'eut pas osé dire elle-même. Elle s'entendait parler en l'écoutant. Et puis, dans l'affection passionnée de cet enfant pour l'homme qu'elle aimait, n'enlrevoyai*,-elle pasen même temps la justifica-

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tion de sa faiblesse? N'était-il pas digne de tant d'amour, cet homme qui savait inspirer des sentiments si nobles et si chevaleresques? Était-^lle donc criminelle en l'aimant? Et, sans y songer, elle ramenait Henry sur les mêmes détails, le suivant pas à pas, heureuse, enivrée d'orgueil, et comme suspendue à ses lèvres.

Puis venait son tour de parler. Elle disait comment elle avait rencontré George à Bagnères, par quel attrait irrésistible elle s'était sentie attirée vers lui, quelles chastes délices avaient présidé aux premiers jours de cette liaison. Elle disait aussi les sombres tristesses qui l'avaient consumée avant de le connaître ; qu'elle avait voulu mourir, et qu'enfin il était venu lui révéler la vie. Elle disait toute son âme ; et quand parfois elle s'effrayait des suites de son égarement, elle cherchait une excuse dans le cœur d'Henry : bien sûre de trouver un encouragement, elle demandait si George ne méritait pas le sacrifice d'une existence tout entière. Et parfois alors elle feignait le doute, pour se laisser combattre; elle s'accusait, pour qu'on la justifiât; de son confident elle faisait un complice.

Henry l'écoutait avidement et buvait déjà aux sources amères. Marianna était si belle et si étrange ! si prompte à l'enthousiasme, si soudaine en ses affections ! Il y avait si bien en elle tout ce qui peut émouvoir et troubler une imagination de vingt ans! D'autant plus dangereuse, que chez elle la passion absorbait le sexe, et qu'elle se livrait avec un incroyable abandon à tous les mouvements de son

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