‹ Romans et nouvellesChapitre 8 sur 177 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

toute réserve et toute retenue; c'est alors qu'aluJiquant toute pudeur et toute dignité, on flétrit le passé, on insulte au présent, on ruine l'avenir. Les paroles acérées se croisent, les mots qui tuent volent dans l'air. Est-ce deux ennemis prêts à se déchirer l'un l'autre? Non ; ces lèvres se sont unies dans un même baiser, ces yeux dans un même regard, ces âmes dans une même ivresse: c'est deux amants qui s'étaient promis de vieillir dans un même amour. Oui, toujours et pour tous, spectacle bien digne d'une pitié profonde!

Tout était redevenu silencieux. Assis au coin du foyer, Bussy remuait les cendres moins froides que son cœur. Ilenrv tenait dans ses mains la tête de Marianna. L'infortunée ne pleurait plus : elle était dans cet état où la douleur affaissée n'a plus conscience d'elle-même. Le jour se leva, sale et terne, et, glissant à travers les rideaux, fit pâlir la lampe qui avait éclairé cette nuit lamentable. La ville reprenait ses mouvements accoutumés : les magasins s'ouvraient, les voitures roulaient, les mille cris de Paris criblaient déjà l'air du matin. Tout ce réveil de la cité rappela péniblement Marianna à la vie, et la frappa d'une morne stupeur. Notre âme, en se brisant, croit entraîner la ruine du monde, et s'indigne, dans son orgueil, de voir qu'elle n'a même pas troublé une mesure de l'harmonie universelle.

— Monsieur, dit Marianna d'une voix altérée, mais calme, je crois qu'au point où nous en sommes il serait convenable de nous restituer l'un à

l'autre les lettres échangées en des temps moiai mauvais; je compte sur votre délicatesse.

George ouvrit une boîte de cèdre, y prit un paquet sous enveloppe, scellé d'un triple cachet, et le remit silencieusement à Marianna. . — Il vous eût été bien facile de les garder! ditelle avec un sourire plein de mélancolie.

— Ma foi ! répondit George un peu confus, je n'y ai pas songé : mais si vous voulez me les rendre, je les conserverai avec toute la religion du souvenir.

Marianna sourit plus tristement encore; puis elle rompit le triple cachet. L'enveloppe, en s'ouvrant, laissa s'exhaler le parfum des jours heureux, cet enivrant parfum que les amants connaissent seuls. Marianna prit une des lettres, l'offrit à la lampe qui brûlait encore, et presque aussitôt la flamme, franchissant sa prison de verre, embrasa la lettre qui l'avait appelée. La pauvre délaissée la jeta tout en feu dans le foyer, puis toutes les autres, lentement, ane à une, cherchant ainsi à reculer l'instant de la séparation éternelle, pleine de doute encore et d'espoir, et croyant que chaque mimile allait lui apporter sa grâce. Elle contempla longtemps les lignes étincelantes qui couraient sur le papier noirci: voyant enfin que George était inexorable, comprenant que tout était fini, elle s'enveloppa de son châle, elle parcourut de son regard cette chambre où elle était résolue à ne plus rentrer jamais, elle envoya à chaque objet un hier long, un bien triste adieu, puis se tournant vers Henry :

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