CHAPITRE XII
sait de toute part ; Bussy comprit bien vite qu'il était aux prises avec l'irréparable : il se soumit, il accepta avec courage la position qu'il ne pouvait éluder sam honte.
Ce courage lui fut d'abord aisé : la vanité pansa les blessures de l'égoïsme. Les dernières aventures de George avaient eu, dans un certain monde, quelque retentissement. On savait vaguement qu'une femme jeune et belle avait tout sacrifié pour le suivre. Cette histoire se racontait diversement; mais, de quelque façon qu'on la racontât, chaque récit mettait au front de Bussy une auréole poétique. Les femmes, qui sont si indulgentes pour les faiblesses voilées, ne pardonnent pas aux fautes éclatantes qui semblent dénoncer leur sexe à la défiance. Elles blâmaient hautement Marianna ; mais George éveillait en elles de mystérieuses sympathies. Un intérêt romanesque s'attacha bientôt à son nom : on s'entretint de ses voyages, de ses duels et de ses amours. George accepta par amour-propre le rôle que lui imposait le monde. Il fut amené par l'orgueil à le prendre lui-même au sérieux. Ainsi, Marianna put croire à la réalisation de ses rêves, et les premiers jours furent resplendissants de bonheur.
Henry ne tarda pas à s'éloigner de ses amis. Le bonheur et l'amour sont si essentiellement égoïstesque les deux amants remarquèrent à peine les changements qui s'opérèrent alors dans ce jeune homme. Cependant, madame de Belnave le questionna plusieurs fois avec la tendresse d'une mère. Mais Ycnfant savait-il ce qui se passait en lui î
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Los jours hcuroux se comptent vite. George fut bientôt las de son rôle; bientôt son cœur s'alTaissa de (iécouragement, de fatigue et d'ennui. Cet homme fut justement puni. L'amour , cette source divine de dévouements et de sacrifices , n'avait été pour lui qu'un puits d'orgueil et d'égoïsme : quand ses lèvres voulurent y boire, elles ne trouvèrent que du gravier. Mais Marianna , grand Dieu! que devint elle, lorsqu'elle vit pâlir ce bonheur auquel elle avait tout sacrifié? Que devint-elle, hélas! lorsqu'elle sentit la tendresse de George se glacer et (|ue ni ses baisers ni ses larmes ne purent la ranimer? Elle crut que le soleil s'éteignait dans le ciel et que la terre lui manquait sous les pieds.
George tenta de longs elTorts pour tromper Marianna. Dans les âmes épuisées, mais honnêtes, ii survit à la passion un instinct de loyauté tout aussi impérieux que la passion même. Mais ce n'était pas Miirianna qu'on pouvait abuser de la sorte. Les cœurs qui n'aiment pas sont les seuls qui se prennent aux semblants d'amour. Nul ne saurait dire le désespoir de Bussy lorsqu'il comprit qu'il ne pouvait plus rien pour la destinée qu'il avait brisée; nul ne saurait dire ce qu'il endura de remords , avec quelle rage il se débattit sous le sentiment de son impuissance. Que de fois, dans l'amertume de ses pensées, il regretta de n'avoir pas succombé à sa blessure! Que de fois il blasphéma les soins qui l'avaient sauvé! Que de fois il répéta avec une sombre tristesse ces paroles qui lui étaient échappées un soir ; — Mieux vaut s'ensevelir dans la fraîcheur do