CHAPITRE Sîl
ses illusions renaissantes que de survivre à une seconde ruine !
Au lieu de ménager par une tendresse indulgente cette âme fatiguée, madame de Belnave acheva de l'épuiser par d'imprudentes exigences. Sa passion inexpérimentée consuma en quelques mois les derniers débris de cette nature appauvrie. Ses espérances trompées s'exhalèrent en emportements. Pleine d'ardeur, de sève et de jeunesse, pouvait-elle comprendre que le cœur vieillit, s'use et meurt comme toute chose ici-bas ?
George supporta d'abord patiemment ces révoltes d'un esprit justement irrité ; mais bientôt son caractère s'aigrit, son humeur s'altéra. La douleur de Marianna lui devint odieuse; l'ennui le rongea jusqu'aux os. Il faut que cet ennui, qui naît de l'obsession d'une affection non partagée soit quelque chose de bien atroce, puisqu'il pervertit les plus nobles instincts, et qu'il étouffe même, dans l'âme qu'il étreint, tout sentiment de pitié, de convenance et de délicatesse. Sans admettre qu'il pût jamais se séparer de madame de Belnave, Bussy se montra dur, colère, acerbe, impitoyable. Marianna pleurait et se retirait chaque jour avec la mort dans le cœur, mais aussi avec l'espoir que George l'aimerait le lendemain. Parfois, en effet, George semblait reprendre à l'amour; parfois encore, comme des rayons de soleil à travers la pluie, de beaux jours luisaient sur leur vie tourmentée : lueurs passagères qui s'éteignaient dans de nouveanx orages, et la lutte recom-
mençatt.
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Ce fut alors qu'Henry s^ rapprocha de ses amis r leur bonheur l'avait eloigué, leur malheur le rappela. Mariauna repaiidit tout son cœur dans celLii de ce jeune homme; et, s'il est vrai qu'a son insu Benry tïit épris déjà de madame de Beluave, soQ amour, qui se serait effarouché de son propre aveu, put grandir tout a son aise sous le manteau de la pitié.
Entre les deux amants, la position devenait de moins eu moins tenable. L'idée de la séparation tiuit par se présenter à l'esprit de Bussy, mais il la repoussa avec horreur. Pouvait-il, sans se condamner à un remords éternel, abandonner lâchement madame de Bclnavedans la voie funeste où il l'avait entraînée?
Cependant George comprit qu'il en avait décidément fini avec l'amour ; que l'amour n'est pas la vie tout entière, et que l'heure était arrivée pour lui de diriger ses facultés vers un autre but. 11 sentit que Marianna était une entrave qu'il fallait briser à tout prix. Ce serait sans doute une action mauvaise, mais la nécessite justilie tout. Il rassura sa conscience alarmée : madame de Belnave souflrirait.moins d'une rupture que d une liaison d oii s'était retire tout espoir, et mieux valait en tinir d un seul a»up que de prolonger un si cruel martyre. Il se dit qu'il y ivait un monstrueux egoisme à torturer ainsi cette ♦emme, et que. ne pouvant rien pour elle , il devait la rendre à la liberté. Il se dit aussi que madame de Belnave se trouvait dans une position de fortune indépendante, qu'elle était assez jeune encore pour