‹ Romans et nouvellesChapitre 88 sur 177 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

qu'il s'agit à cette heure. Le parti que tu prendrais contre toi-même, tu le prendrais aussi contre moi. Nous sommes responsables l'un de l'ature. hih bien, si tu m'aimes, tu renonceras aux folles idées qui te perdraient, tu reviendras à des intentions plus sages. En persistant dans ta funeste résolution, tu me laisserais le remords éternel d'avoir poussé pour toi l'indulgence jusqu'à la faiblesse. Tu ne voudras pas me faire repentir de t'avoir trop aimé, Henry ?

— Mais, George, s'écria celui-ci, vous savez bien vous-même que le bonheur ne m'attend point là- Las !

— Je sais que le malheur est ici qui t'attend. Ah ! tu ne les connais pas, ces luttes que détie ton ardeur ! Tu revêts la misère d'imaginations poétiques, et tu t'écries avec enthousiasme que la misère ne t'ettraye pas. La misère est atireuse, Henry ! C'est un monstre hideux qui tlétrit lentement le cœur qu'il étreint de sa main de glace. Tu as foi en ton courage ; mais sais-tu seulement si tu as du courage ? Parle : jusqu'à présent, quels combats as-tu soutenus ? Quels mauvais jours as-tu traversés ? A quelles épreuves t'a soumis le sort ? Tu n'as encore lencontré sur ta route que des visages amis et des regards bienveillants. Disparaisse le charme de jeunesse qui t'environne , arrive l'heure où tu te sentiras seul, sans autre appui que toi-même, aux prises avec la nécessité, corps à corps avec le destin, et nous verrons alors si tu as vraiment du courage ! Va, pauvre entant, de plus forts que toi ont succombé sans profit et sans gloire. C'est qu'il faut de

robustes épaules pour s'ouvrir un passage au travers de la foule, une volonté de fer pour écraser les obstacles et conquérir une place au soleil. Et combien de ceux-là qui, après l'avoir conquise au prix du repos, ont trouvé leur soleil bien pâle et se sont tournés avec regret vers le champ de leurs pères ! La médiocrité est bonne : heureux trois fois le cœur modeste qui sait la comprendre et l'aimer !

— George, dit Henry d'un ton pénétré, vous avez été pour moi le plus tendre des frères. L'âme de ma mère doit être satisfaite. S'il m'arrive malheuFjj je serai seul coupable. Je vous aime, George, ell Dieu sait qu'il m'en coûte de me montrer rebellé l vos conseils. J'apprécie vos intentions prudentes mais je ne saurais m'y soumettre. Mon parti est ir} révocablement pris : je ne partirai pas.

Bussy se leva et se mit à marcher dans la cham bre. Henry demeura à la même place, le front ap puyé contre le marbre de la cheminée.

— Henry, dit George après un long silence est-il vrai que tu m'aimes ? Puis-je compter sur to; affection en échange de toute la mienne ?

— George, vous le pouvez.

— Eh bien, Henry, je suis triste, chagrin, en nuyé ; l'hiver est long, Paris est sale. Je t'ai toujoui connu avide et curieux de voyages. Partons, aller chercher le soleil sous des cieux plus indulgent! Tiens^ ajouta-t-il en lui jetant une carte du mond< *out le globe est à nous : Grenade, Florence, V< nise, et la Grèce où tant de fois ont voyagé nos soi ges Parle, ordonne, choisis j à la voiture qui de

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