CHAPITRE XIV
son front s'illuminait, son regard rayonnait d'un azur plus chaud et plus vif.
Le capitaine racontait, en prose médiocrement homérique, qu'il avait vu, durant la tempête, une femme de mise élégante courir échevelée sur la côte, descendre sur la grève, tremper ses pieds dans l'écume, puis aller s'asseoir sur un rocher battu des flots , et s'y tenir malgré la pluie et la tourmente. Quelle était cette femme? Un colporteur de livres pieux et de noëls assura l'avoir rencontrée la veille, s'avançant imprudemment sur les récifs; il ajouta qu'il l'avait avertie , par ses cris, de se garer de la marée montante. Il prétendait, de plus, qu'elle habitait Sainte-Marie ; et que le douanier garde-côte, qu'il avait questionné , avait répondu que c'était une pauvre folle.
Le colporteur ajoutait encore qu'en revenant de Sainte-Marie il s'était trouvé face à face avec elle, et que, folle ou non, elle était grande dame, et dame jeune et belle.
— Folle d'amour! dit, en branlant la tête, une jeune fille qui, depuis une heure, tenait sur l'étranger ses deux grands yeux noirs immobiles.
— Qu'est-ce que cela, Sainte-Marie ? demanda celui-ci d'une voix ardente.
— Sainte-Marie, mon gentilhomme ? répondit un des matelots ; c'est un village sur la côte : vous pourriez en voir d'ici le clocher, pointu comme une aiguille qui semble vouloir percer le ciel.
— A quelle distance 1
—Vingt minutes par terre j dix par les brisants, à
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îa marée basse; cinq par mer, bon vent et marée haute : voilà !
— C'est bien ! dit le voyageur.
Il se leva , prit son manteau et se fit donner une chambre.
Le lendemain, à la pointe du jour, il sortit et suivit le sentier qui mène à Sainte-Marie. De retour à Sa ville, il s'occupa de chercher un logement dan-; une maison particulière. Il n'est guère de maison à Pornic qui n'ait quelque coin en réserve pour la saison des bains ; c'est là le revenu le plus clair de l'endroit: car, en été, les baigneurs s'y disputent un grenier au prix de Baden. En hiver, c'est autre chose, et l'étranger n'eut qu'à choisir. Il trouva ce qu'il cherchait au château même de la ville; le propriétaire lui offrit, dans la tourelle inhabitée, une chambre, qu'il accepta. Quel était ce voyageur ? on ne le sut jamais au pays. On s'y entretient encore de son humeur sauvage et de ses façons étranges. Durant son séjour, il vécut solitaire, inaccessible à toutes relations. Vainement les habitants du lieu tentèrent de l'attirer ; il ne répondit à leurs prévenances que par une froide réserve. Chaque matin, au crépuscule, il sortait, enveloppé de son manteau, ne rentrait qu'aux heures des repas, et, chaque repas pris à la hâte, il s'éloignait de nouveau jusqu'au soir, encore ne revenait-il au gîte que fort avant dans la imit. On eut bientôt remarqué que ses promenades suivaient toujours le même chemin : on pensait généralement que l'étranger de Pornic et l'étrangère de Sainte-Marie étaient deux àmcs en peine, et