Bautain, Le chrétien de nos jours, p
2. Albert Cim, qui s'intéressait aux questions de Librairie, et qui n'écrivait rien sans enquête préalable et approfondie, estimait, en 1896, que Zola se faisait un revenu de 300,000 francs par année; Daudet arrivait à 120,000. Le feuilletoniste Emile Richebourg aurait touché une somme de 650,000 francs pour la publication en livraisons de ses oeuvres complètes.
tent, en la ramenant chargée de boues et de détritus méphitiques, ils propagent les miasmes et la contagion des turpitudes.
Le roman dogmatique, à thèse anticatholique et antichrétienne, et franchement militant, a été assez rare. S'il existe, c'est dans quelques journaux sectaires, comme la Lanterne, le Rappel, la Petite République ou V Action, et son énorme bêtise en assure presque l'innocuité. Mais le roman immoral, depuis cent ans et plus, pleut sur la France. Nous avons eu le roman sentimental, élégant mais malsain, vraie fleur empoisonnée dont le parfum capiteux excite les sens et endort les âmes. Nous avons eu le roman romanesque, qui sème les chimères, pousse les esprits aux rêves impossibles, désenchante la terre en altérant la réalité de la, vie. Nous avons eu le romain réaliste, grossier étalage où le cœur montre toutes ses plaies, l'homme tous ses vices. Nous avons eu et nous avons encore le roman dit psychologique : roman
savant, mais qui, malgré ses prétemions à la science et à l'analyse, n'est pas et ne sera: jamais une étude sérieuse : écrit pour le simple amusement, il tend à amuser l'esprit bien plus qu'à l'instruire, et à enflammer ou à paralyser le cœur bien plus qu'à l'amender. Et quant au roman-feuilleton, il est l'école toujours ouverte de l'abrutissement intellectuel et moral (^).
1. Une littérature encore, qui date de notre temps, c'est la littérature féministe. Quelques écrivains mâles y sacrifient, mais ce sont des femmes surtout qui la cultivent. La forme en value selon les talents; le fond, à quelques nuances près, reste identique. Entendez par là que nos auteurs élèvent tous les mêmes protestations et les mêmes revendications. On réclame « pardessus tout, malgré tout, et contre tout, le droit au bonheur, ce droit au bonheur n'étant que le droit à l'amour, c'est-à-dire le droit d'aimer >; pour la femme, « chaque fois qu'elle en aura l'oGcasion, le droit et presque le devoir dé toujours céder, de ne jamais résister aux appels de. l'amour » ; le cœur enfin et les sens fièrement victorieux des raisons de la raison et de la conscience. C'est la grande théorie soutenue avec ardeur par les livres les plus célèbres de l'actuelle « littérature féminine ». En même temps, —
Un talent immense a été dépensé dans ces productions éphémères, et nos générations, qui ne se nourrissaient plus de l'Évangile, débilitées par ces viandes creuses, ou corrompues par leurs miasmes, en ont fait leurs délices. On les a lues pendant les courtes nuits dans la mansarde ouvrière, à la lueur fumeusje du suif ou de la lampe à pétrole, et dans les chambres luxueuses, sous l'abat-jour da dentelle. Et pendant que, parmi les liseurs ou les liseuses, les uns se perdaient dans le bleu, les autres se gaudissaient dans la fange (^).
et c'est naturel, car on ne peut vouloir rejeter un joug sans vouloir rejeter tous les autres, — cette littérature est résolument matérialiste, révolutionnaire et sectaire. Par la même raison qu'elle tend à supprimer la famille et la patrie, elle tend à supprimer Dieu. Partant, elle répudie la religion, et par-dessus tout le catholicisme.
1. Paul Acker, Œuvres sociales des Femmes. R. D. D. M. 1" fév. 1907.