Ibid
d'encre versés se changèrent en flots de sang.
Le XIXe siècle a reçu la même terrible leçon. Quelle superbe floraison de l'esprit français jusqu'à 1870! Quel concert de tous les hommes de lettres, et comme les romanciers du temps faisaient bien leur partie ! Comme ils criblaient d'épigrammes ce qu'ils appelaient les vieilles idoles : patrie, drapeau, honneur militaire, religion, Église ! Quelles railleries et quelle verve ! Mais tout cela, c'étaient les soutiens de l'édifice social, et quand ils eurent ébranlé ces appuis séculaires, l'édifice social croula dans la guerre et dans le sang. Le deuil de la patrie fut leur œuvre.
Et depuis ?
Sous la Troisième République, le Roman français est descendu au-dessous de tout. « En littérature, écrit un rationaliste indépendant, n'a-t-on pas vu la presque unanimité de ceux qui tenaient une plume, consacrer leurs forces, après le terrible ouragan de 1870, à la glori-
f ication de la bête humaine ? Au lieu de stimuler ce qu'il y a de plus grand et de plus noble en nous, presque tous nos écrivains se sont adressé à nos instincts inférieurs : ils nous ont considérés comme réduits à la moelle épinière et à la moelle allongée; au lieu d'une littérature de penseurs, ils nous ont donné une littérature de décapités (^) ! » J'ignore, je l'avoue, ce que c'est qu'une littérature de décapités. M. Jules Payot, ce grand chef des Primaires à qui nous devons cette trouvaille, le sait-il mieux que moi? Je n'oserais l'affirmer. Mais j'imagine que cela veut dire « une littérature de gens terriblement malades », et c'est tout à fait mon avis.
Il n'y a que la santé qui ne soit pas contagieuse, a dit un grand écrivain.
Que veut-on alors que deviennent les générations que l'on a gavées d'une telle nourritiu^e intellectuelle, que l'on abreu-