E. Caro, La fi)i de la Bohême
2. Bévue des Deux Mondes; les Doctrines de la Commune; et passim.
cun sait; elle oublia vite le deuil inoubliable et continua fiévreusement à couvrir le papier d'encre et les consciences de boue.
La République, aussi imprudente que l'Empire, sous prétexte de liberté, laisse aujourd'hui s'accomplir le travail de la décomposition nationale parla littérature, une littérature en général grossière et médiocre, triste et trop fidèle reflet d'un gouvernement sans valeur ni conscience, honte dans la honte du siècle (^).
Qu'arrive-t-il?
Elle rencontre sur son chemin les démolisseurs de tous les noms, socialistes,
1. « La littérature de ce genre, répond-on, trouve des lecteurs à l'étranger aussi bien qu'en France? — Oui, mais les gouvernements étrangers luttent contre le mal en interdisant les livres que nous laissons, nous, s'étaler au grand jour. Que des lois sévères soient appliquées, la maladie sera enrayée sur l'heure. Se fier ici à la liberté pour se régler elle-même, c'est, en réalité, porter atteinte à la liberté que lîous avons tous de respirer un air sain et de le faire respirer à nos enfants. » (Alfred Fouillée, Déf/éiicrescoice.)
anarchistes, toute la bande noire des lanceurs de bombes et cette formidable armée du crime, qui multiplie ses recrue's dans la jeunesse et qui menp.ce d'englober la nation en attendant qu'elle la détruise.
Sans doute, l'heure du grahd écliat, l'heure du chambardement prédit et redouté, l'heure où les mauvaises idées et les mauvais sentiments, accumulés dans l'âme du peuple par le moyen des mauvaises lectures, font explosion en quelque immense désastre, cette heurelà n'a pas encore sonné, mais elle sonnera, c'est immanqu^able, puisqu'il est immanquable que les mêmes causes produisent les mêmes effets (^). En fut-il ainsi dans tous les temps et chez tous les peuples ? Je ne sais ; mais, en France,
1. On trouvera peut-être ces idées empreintes de quelque exagération. Nous les croyons justes. Si plusieurs autres causes concourent à la décadence morale et sociale de notre pays, il est incontestable que la littérature romanesque, répandue par la presse ou par le volume, est
toutes les révolutions et toutes les catastrophes sociales sortent des livres...
Vous aviez une belle mission, ô littérateurs ! Vous pouviez relever l'âme française si gravement atteinte par le dernier siècle. Vous pouviez aider l'Église dans son œuvre de réforme et de relèvement. Vous avez préféré combattre l'Église et, suivant les vieux errements de vos pareils, affaiblir son influence au risque d;e ruiner la patrie. Que tous les crimes du siècle, que tout le sang qu'il a versé, que toutes les fanges qu'il a fait jaillir sous ses pas, retombent sur vos têtes. Les amateurs légers de littérature et d'art se rappelleront vos noms!
Romanciers, publicistes, journalistes, vous aurez votre petite place d'honneur dans l'histoire que l'avenir écrira. Comme Musset, Hugo, Balzac, Dumas, Re-
une de ces causes et non la moins active. Nous retrouverons 'ce sujet dans la 5^ section de nos
nan, et mille autres, vous aurez la gloire d'avoir quelques lignes dans le futur dictionnaire des grands hommes. Grand bien vous fasse cette distinction posthume ! Aux yeux de ceux qui jugent la responsabilité des hommes publics dans les malheurs publics, vous ne serez jamais que d'illustres malfaiteurs, inconsciemment peut-être, mais de fait et sûrement traîtres à la cause de l'humanité 1
Ah ! qui donc se lèvera parmi nous pour relever cette littérature française jadis si brillante, aujourd'hui presque éteinte ? Où donc est l'écrivain qui nous donnera l'œuvre salubre et vivifiante d'où sortira la littérature nouvelle, la littérature des âmes élevées et des honnêtes gens ?
Au lendemain de la Révolution, Chateaubriand parut. Il ranima de son jeune souffle les lettres mourantes; la pensée française fut purifiée et relevée, et nous pûmes avoir la magnifique renaissance littéraire de la Restauration. Quel Chateaubriand plus croyant et plus pur
nous tirera, de l'ornière boueuse où les lettres se traînent, où elles nous traînent ? Et nous-mêmes, enfin, ne pouvons-nous rien, à défaxit d'un tel rénovateur, pour l'assainissement de la littérature et en particulier du roman, ces deux sources empoisonnées où va s'abreuver l'âme contemporaine?
ly