‹ Romans grecsChapitre 102 sur 179 · UVRE VII · texte numérisé non relu

UVRE VII

quelque mélaDge : car la vue de Théagène, conduisant Chariclée par le bras et écartant devant elle les rangs pressés de la foule, lui faisait vivement sentir Taiguillon de la jalousie.

Quand Calasiris fut entré dans le sanctuaire, il tomba le visage contre terre, tenant embrassés les pieds de la statue. Longtemps il resta ainsi prosterné, et peu s'en fallut que la vie ne l'abandonnât au milieu de cette adoration. Rappelé enfin au sentiment par ceux qui Tentouraient, il se releva avec peine, fit des libations à la Déesse et lui adressa sa prière. Il ôta ensuite de sa tête la couronne, emblème du pontificat, et la déposa sur celle de son fils Thyamis, en déclarant au peuple qu'il était déjà vieux, et qu'il sentait d'ailleurs que sa fin était proche ; que les insignes des fonctions sacerdotales appartenaient, d'après la loi, à son fils aîné, qui réunissait toutes les qualités de l'esprit et du corps exigées pour l'exercice du sacerdoce. •

IX. Le peuple applaudit à cette déclaration et témoigna son approbation par des cris de joie. Calasiris alors se retira dans une partie du temple affectée aux prêtres et s'y tint avec ses fils et Théagène. Tous les autres se retirèrent également chez eux. Arsacé en fit autant de son côté, mais à regret, en se retournant à chaque instant, et après être restée le plus longtemps possible, sous prétexte de dévotion à la Déesse. A la fin elle s'en alla, mais non sans tourner fréquemment la tête, pour voir Théagène aussi longtemps qu'elle le pourrait. De retour au palais, elle alla droit à sa chambre, se jeta sur son lit, toute parée, et y resta étendue sans prononcer une parole. Naturellement portée à la volupté, elle était en ce moment enflammée plus que jamais par la vu.e de l'irrésistible beauté de Théagène, beauté supérieure à tout ce qu'elle avait rencontré jusque-là. Toute la nuit elle demeura ainsi couchée, se retournant sans cesse d'un côté sur l'autre, poussant à chaque instant de profonds soupirs, tantôt se dres- II. n.

194 THEAGENE ET CHARIGLEE.

sant sur les pieds, tantôt se laissant retomber sur les genoux, quelquefois demi^nue, et Tinstant d'après se jetant à la renverse sur son lit. Soudain elle appelait une de ses femmes sans aucun motif, et la renvoyait aussitôt sans lui rien commander. En un mot, son amour allait insensiblement dégénérer en fureur, si une vieille servante, nommée Cybèle, sa camériste habituelle, ministre ordinaire de ses amours, ne fût entrée auprès d'elle. Elle vit aussitôt ce dont il s'agissait; car une lampe éclairait la chambre et entretenait en quelque sorte de sa flamme Tamour d'Arsacé. «Qu'y a-t-il, maîtresse, dit-elle? Quelle passion nouvelle ou inconnue vous tourmente? Quel est celui dont la vue trouble ainsi ma chère enfant? Qui donc est assez présomptueux et insensé pour n'être point subjugué par votre incomparable beauté, pour ne point regarder comme la suprême félicité vos embrassements amoureux, pour dédaigner vos désirs et un simple signe de votre volonté? Faites-le-moi seulement connaître, chère petite; il n'est si dur cœur de diamant qui résiste à mes enchantements. Parlez, et rien ne tiendra devant votre volonté ; bien des fois déjà je crois vous en avoir donné la preuve.

X. Tout en contant à Arsacé ces flatteries et d'autres semblables, elle ne cessait de lui caresser les pieds et de mettre en ceuvre toutes les cajoleries imaginables pour lui arracher l'aveu de sa passion. Après un instant de silence, Arsacé lui dit : « Je suis blessée, ma mère, comme jamais je ne l'ai été jusqu'ici : tu m'as rendu de bien grands, de bien nombreux services dans de telles extrémités, mais je ne sais si cette fois tu réussiras à mon gré. Ce combat, engagé aujourd'hui sous les murs et qui s'est terminé tout à coup, à peine commencé, s'est passé sans effusion de sang pour personne et a abouti à la paix ; mais il a été pour moi le commencement d'une guerre bien plus réelle, dans laquelle ce n'est point seulement un de mes mem-

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