LIVRE VIL
lard, ils l'ont veillé toute la nuit. Et maintenant, ajouta-t-il, nous avons envoyé par la ville mander toute la caste des pontifes et des prêtres, pour lui rendre les honneurs funèbres, conformément à la loi établie. Retirez-vous donc; car, pendant ces sept jours, il est défendu, non-§euleraent de sacrifier, mais même de pénétrer»dans le temple, à moins qu'on n'appartienne au corps des pontifes. — Et que deviendront pendant ce temps les étrangers, dit Cybèle? — Le nouveau pontife Thjamis, reprit-il, s'est empressé de leur faire préparer quelque part, hors du temple, une habitation ; voyez plutôt : les voici eux-mêmes qui s'avancent et qui, pour obéir à la loi, sortent en ce moment du temple. » Cybèle saisit aux cheveux cette rencontre et en ht comme le commencement de sa chasse : a Voici pour vous, dit-elle, gardien chéri des Dieux, une occasion de rendre service à ces étrangers, à moi-même, et surtout à Arsacé, sœur du Grand Roi ; car vous savez quelle est sa bienveillance pour les Grecs, et avec quelle rare affabilité elle accueille les étrangers. Dites donc à ces jeunes gens que, par les ordres de Thyamis, un appartement leur a été préparé chez nous. » Le gardien ne fit aucune difficulté; car, bien loin de rien soupçonner des machinations de Cybèle, il croyait, au contraire, être utile à ces étrangers en se faisant leur introducteur à la cour du satrape ; il n'était pas fâché, d'un autre côté, de se rendre agréable à ceux qui lui demandaient un service tout à fait innocent d'ailleurs et sans conséquence fâcheuse. Voyant Théagène et Chariclée arriver près de lui, abattus et tout en larmes : « Ce que vous faites, leur dit-il, n'est ni convenable, ni conforme à nos lois, surtout quand on vous l'a d'avance interdit : vous pleurez et gémissez sur un prophète que la doctrine divine et sacrée ordonne d'ensevelir au milieu de la joie et des actions de grâce, comme ayant échangé cette vie pour un repos bien préférable, et en possession maintenant d'une existence meilleure.
Cependant vous méritez quelque indulgence, puisque vous avez perdu celui que vous appelez votre père, votre patron, votre seule espérance. Mais ne vous abandonnez pas entièrement au découragement; car Thyarais parait avoir hérité non-seulement de ses fonctions sacerdotales, mais aussi de sa bienveillance pour vous. Il a tout d'abord ordonné d'avoir de vous le plus grand soin et vous a procuré une habitation splendide, telle que pourraient la souhaiter, non pas des étrangers, dont la fortune paraît en ce moment des plus modestes, mais les plus riches citoyens du pays. Voici celle que vous devez Tun et l'autre regarder comme votre mère, (et il montrait Cybèle) ; suivez-la, acceptez son hospitalité et réglez-vous sur ses avis. »
XII. Ainsi s'exprima le gardien : Théagène et Chariclée suivirent ses conseils, soit que tant d'événements imprévus eussent jeté quelque trouble dans leur intelligence, soit que peu leur importât où ils trouveraient pour le moment une demeure et un refuge. Ils s'en seraient bien gardés, sans doute, s'ils avaient entrevu combien pour eux ce séjour serait tragique, de combien de douleurs et de maux il allait être la source. Mais la fortune, arbitre alors de leurs destinées, après quelques heures seulement de repos, après un jour à peiae passé dans la joie, renouait aussitôt le fîl de leurs infortunes : elle les poussait à aller comme d'eux-mêmes se mettre dans les fers d'une ennemie; elle jetait des jeunes gens, des étrangers, ignorants du sort qui les attendait, dans le plus dur esclavage. C'est ainsi qu'une vie errante répand l'ignorance et comme une sorte d'aveuglement, autour de ceux qui sont perdus sur une terre étrangère. Dès qu'ils furent arrivés au palais du satrape et qu'ils aperçurent ces portiques splendides, dont la richesse dépassait les proportions d'une habitation privée, tout cet appareil de gens armés, ce luxe de serviteurs de tout genre qui les remplissaient, ils furent étonnés et troublés; car ils sentaient bien