‹ Romans grecsChapitre 110 sur 179 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

t-elle, cette défiance, d'où vient cet éloignement pour les plaisirs de Tamour? Un jeune homme si beau, si vigoureux, repousser une femme qui lui ressemble et qui se consume pour lui! Ne pas saisir aux cheveux, comme un bonheur inespéré, une pareille occasion ; et cela quand aucune crainte ne peut Tarrêter, quand le mari est absent, quand c'est moi-même, la mère nourricière, la confidente de tous les secrets, qui lui ménage les entrevues. Aucun empêchement ne vous arrête de votre côté : vous n'avez ici ni fiancée, ni épouse ; et pourtant, il en est beaucoup qui ont passé par-dessus de pareils obstacles, jugeant fort sensément que, sans faire par là aucun tort aux leurs, ils y gagneraient, eux, un accroissement de- richesses et la jouissance du plaisir. » En terminant, elle mêla quelques menaces à ses instances : « Une femme de cœur, dit-elle, une fois qu'elle aime, devient cruelle et implacable si elle se voit repoussée ; elle se venge avec raison d'un dédain, comme d'une injure. Songez de plus qu'elle est Perse et du sang des rois, comme vous l'avez déclaré vous-même ; que la puissance immense et l'autorité dont elle est environnée lui permettent d'honorer qui la sert et de châtier en toute sécurité qui lui résiste; tandis que vous, vous êtes étranger, isolé, sans aucun protecteur. Ayez donc pitié de vousmême, ayez pitié d'elle aussi ; elle le mérite par l'ardeur de la passion frénétique que vous lui avez justement inspirée. Redoutez les fureurs de l'amour déçu; ne vous exposez pas aux vengeances qui suivraient vos mépris. J'en sais beaucoup qui s'en sont repentis. J'ai plus que vous l'expérience des affaires d'amour. Ces cheveux blancs que vous voyez, ont assisté à bien des combats de ce genre : mais je n'ai connu personne d'aussi sauvage et d'aussi intraitable. » Se tournant alors vers Chariclée , car la nécessité lui avait donné l'audace de tenir un pareil langage même en sa présence : a Et vous aussi, dit-elle, ma fille, joignez vos

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prières aux miennes auprès de votre frère, à qui je ne sais vraiment quel nom donner. Il ne vous en aimera pas moins, et vous verrez vos honneurs s'accroître ; vous vous enrichirez à souhaits ; elle vous procurera un brillant établissement : ce sont là des avantages qu'envient même les puissants, à plus forte raison des étrangers comme vous, réduits à une situation précaire et misérable^ »

XXI. Chariclée lui lança à la dérobée un regard de mépris et de colère : « 11 eût été à désirer, dit-elle, et le plus convenable de beaucoup était que la toute bonne Arsacé n'éprouvât rien de pareil ; sinon , le mieux ensuite était de trionipher de ses désirs par la continence : mais puisqu'elle a succombé à l'humaine faiblesse, qu'acné est vaincue, dites-vous, et subjuguée par la passion, moi aussi je conseillerais à Théagène de ne point lui refuser cette satisfaction, s'il pouvait le faire en toute sécurité ; -s'il n'était à craindre qu'il n'attirât à son insu quelque malheur sur lui, sur ellemême, dans le cas où cela viendrait à la connaissance du mari, et où le satrape serait informé, de façon ou d'autre, de cette criminelle action. » Cybèle fut transportée à ces paroles ; elle serra Chariclée dans ses bras et l'embrassa à plusieurs reprises : a C'est bien à vous, ma fille, dit-elle, d'avoir pitié de la faiblesse d'une femme comme vous et de songer à la sûreté de votre frère. Mais, à cet égard, soyez tranquille; car le Soleil lui-même, comme on dit, n'en saura rien. — N'insistez pas davantage pour le moment, dit Théagène, et donnez-nous le temps de nous consulter. » Cybèle sortit sur-le-champ. <c Théagène, dit Chariclée, telles sont les faveurs que nous accorde la Divinité; le mal y prédomine de beaucoup sur le bien apparent; mais il est de la prudence de tirer même de l'infortune le meilleur parti possible. Je ne saurais dire s'il est dans ton intention de pousser la chose jusqu'au bout, quoique je n'y répugne pas absolument si

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