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de là dépend nécessairement notre salut ou notre perte. Mais, tout en regardant, avec raison, comme condamnable, ce qu'on te demande, ne peux-tu pas feindre de te rendre et entretenir par de bonnes paroles la passion de cette barbare? Un ajournement préviendra quelque résolution violente contre nous; l'espérance radoucira ; des promesses calmeront l'emportement de sa fureur. Peut-être, avec l'aide des Dieux, le temps nous a p portera- t-il dans l'intervalle quelque moyen de délivrance. Mais, Théagène, je t'en supplie, prends bien garde que tes efforts pour feindre, n'amènent, en dégénérant, un consentement véritable à une action honteuse. » Théagène sourit : ce Ah! dit-il, même au fort du péril, tu n'échappes pas à cette maladie inhérente aux femmes, la jalousie. Mais sache que je ne suis pas même capable d'une pareille dissimulation : car faire ce qui est honteux et le dire est également deshonnête. D'ailleurs, ôter tout espoir à Arsacé a bien aussi son avantage, celui de n'être plus importuné par elle. S'il en résulte quelque mésaventure, depuis longtemps déjà la fortune et la raison m'ont façonné à supporter les accidents de ce genre. — Ne te fais pas illusion, dit Chariclée, tu nous jettes en un grave péril, » et elle se tut.
XXU. Pendant qu'ils délibéraient ainsi, Cybèle avait rendu à Arsacé les ailes de l'espérance en lui disant qu'elle pouvait compter sur des dispositions plus favorables, et que déjà Théagène en avait donné quelque signe. De retour chez elle, elle laissa Théagène tranquille pour cette soirée ; mais la nuit, elle sollicita vivement Chariclée, qui depuis le commencement par tageait son lit, de seconder ses efforts. Au jour, elle demanda de nouveau à Théagène quelle était sa résolution. 11 refusa net, et lui dit de n'attendre absolument rien de sa part. Cybèle s'en alla tristement raconter l'invincible obstination de Théagène. Arsacé, après avoir fait mettre Cybèle dehors par les épaules, courut
212 THÉAGENE ET CHARICLÉE.
à sa chambre, se jeta sur son lit, et se déchira ellemême de dépit. Cependant Achéménès avait vu sa mère Cybële sortir de l'appartement des femmes, Tair som-^ bre et tout en larmes : a Qu*y a-t-il, ma mère, lui dit-il ? Est-il survenu quelque malheur? Y a-t-il quelque nouvelle qui afflige notre maîtresse ? A-t-on annoncé du camp quelque revers? Les Éthiopiens donnent-ils quelque embarras dans la guerre actuelle à notre maître Oroondatès ? » et mille autres questions de ce genre. — a Bavardage que tout cela, y> lui dit-elle; et elle tourna d*un autre côté. Mais, sans se rebuter, il la suivit, lui prit les mains, l'embrassa et la supplia de dire à son flls la cause de son chagrin.
XXUi. Elle le prit par la main et le conduisit dans un endroit écarté du jardin : « Je ne confierais pas à un autre, dit-elle, mes ennuis et ceux de ma maitresse; mais, comme son agitation ne connaît plus de bornes, et que moi-même je cours risque de la vie (car sa fureur et sa folie retomberont sur moi, je n'en doute pas) il me faut bien parler; peut-être imagineras-tu quelque moyen de venir en aide à celle qui t'a porté dans son sein, qui t'a donné le jour, qui t'a nourri de ses mamelles. Ma maîtresse aime le jeune homme qui est auprès de nous ; elle l'aime d'un amour frénétique, insensé, incurable. Jusqu'ici nous avions, elle et moi, compté sur une heureuse issue ; mais nous sommes complètement déçues. Voilà l'explication de ces mille soins, de ces attentions de tout genre pour ces étrangers. Du moment où ce jeune sot, ce fat, cet obstiné a repoussé nos avances, je doute qu'Arsacé y survive; elle me fera périr moi-même, comme l'ayant bafouée et abusée par mes fausses nouvelles. Voilà la situation, mon fils; si tu peux m'êlre de quelque secours, viens-moi en aide; sinon, rends à ta mère, après sa mort, les derniers devoirs. — Et quel sera mon salaire, dit-il, ma mère ? Car ce n'est pas le moment de me vanter auprès de vous, de faire des