‹ Romans grecsChapitre 113 sur 179 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

qu'appartenant aux plus illustres familles, nous ayons eu du moins dans notre infortune le bonheur de ne point subir Tesclavage ailleurs qu'auprès de vous, qui nous avez traités avec tant de douceur et de bienveillance, tout inconnus et étrangers que nous étions. Quant àma sœur, qui n'était pas prisonnière, qui estdès lors à l'abri de l'esclavage, elle est décidée néanmoins à vous servir et à prendre auprès de vous le rang qu'il vous plaira de lui assigner; agissez donc avec elle comme vous le jugerez à propos. — Qu'il soit placé, dit Arsacé, parmi les ministres de la table, et qu'Achéménès lui enseigne à verser à boire, afin de le façonner d'avance au service du roi. »

XXV. Ils sortirent, Théagène abattu et le visage assombri par ses préoccupations; Archéménès, au contraire, souriant et se moquant de Théagène : « Voilà donc, disait-il, notre insolent de tout-à-l' heure, cet orgueilleux qui ne savait pas fléchir le col, qui était seul libre et ne pouvait se résigner à courber la tête et à adorer! Tu ne tarderas pas à la plier, ou je te ferai ton éducation à coups de poing pour t'apprendre à l'incliner. » Arsacé, après avoir congédié tout le monde, resta seule avec Cybèle et lui dit : « Maintenant du moins, Cybèle, tout prétexte a disparu : va dire à notre dédaigneux que s'il veut m'obéir et se conformer à mes intentions, il sera libre et vivra dans l'abondance de tous les biens : s'il persiste au contraire dans sa résistance, il sentira à la fois l'amante dédaignée et la maîtresse irritée; soumis au dernier esclavage, au plus humiliant service, il n'échappera à aucun genre de châtiment. » Cybèle alla lui transmettre les volontés d'Arsacé, et ajouta de soacôté tout ce qui lui paraissait de nature à le convaincre. Théagène la pria d'attendre un peu et se retira à l'écart, seul avec Chariclée. ce C'en est fait de nous, dit-il, Chariclée! Toutes les amarres, comme on dit, sont rompues ; toute ancre d'espérance est arrachée sans retour. Jusqu'à présent, du moins,

216 THEAGENE ET CHARICLEE.

nous pouvions, dans le malheur, porter un nom libre; maintenant nous sommes retombés dans Tesclavage (et il lui expliqua comment), nous sommes désormais exposés aux insolences de ces barbares; nous n'avons plus qu'à obéir aux caprices de nos maîtres ou à être rangés parmi les criminels. Et encore, dit-il, cette disgrâce même serait tolérable ! Mais le plus affreux, c'est qu*Arsacé a promis de te donner en mariage à Achéménès, fils de Cybèle. Mais cela ne sera point certainement, ou du moins je ne le verrai pas, tant qu'il me restera un souffle de vie, tant que j'aurai une épée et des armes pour l'empêcher. Mais que faire? Quels moyens imaginer pour rompre cette infâme union d'Arsacé avec moi, de toi avec Achéménès? — En accordant la première, lui dit Chariclée, tu empêcheras l'autre, celle qui me concerne. — Ne blasphème pas, dit-il; car quelque impitoyable que soit le Dieu qui nous poursuit, il ne saurait me réduire à me souiller, moi qui n'ai pas même connu Chariclée, par une union criminelle avec uneautre. Mais je crois avoir trouvéquelque issue: car nécessité est mère de l'invention ! » et tout aussitôt, passant auprès de Cybèle : « Annoncez à votre maîtresse, dit-il, que je désire la voir seule et sans témoins. XXVI. La vieille pensa que c'était chose faite, et que Théagène avait succombé. Elle en donna avis à Arsacé, et reçut l'ordre de l'amener après le dîner, ce qu'elle fit. Après avoir ordonné à tous ceux qui se trouvaient dans le voisinage de laisser leur maîtresse en repos et de ne pas faire de bruit autour de la chambre, elle introduisit Théagène. L'obscurité de la nuit, répandue partout, permettait d'arriver sans être vu, la chambre seule étant éclairée par une lampe. Une fois Théagène entré, Cybèle voulut se retirer; mais il la retint : « Maîtresse, dit-il, que Cybèle reste pour le moment; car je sais qu'elle garde fidèlement les secrets : » et en même temps il prit les mains d'Arsacé : « Ce n'est point pour résister à votre volonté, dit-il, ô ma maî-

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