LIVRE
trahiison, je me tenais en repos, faute de preuves. Que dois-je, donc faire? — Vous connaissez, dit-elle, le jardin où est lé monument des Épicuriens ; c'est là qu'il feiut aller m'attendre vers le soir. »
XVII. » Cela dit, elle revient en courant à la maison, et va trouver Déménète : « Faites, lui dit-elle, votre toilette avec soin ; il convient d'aller là élégamment parée ; tout ce que je vous ai promis est réglé à point.» Déménète se prépare et suit ses instructions. Le soir venu, Thisbé l'emmène comme il était convenu. Arrivée près de la maison, elle lui dit de l'attendre un peu, prend les devants et va prier Arsinoé de passer dans une autre pièce et de la laisser seule ; car elle craint, dit-elle, de faire rougir le jeune homme, tout nouvellement initié aux mystères de Vénus. Ce point obtenu, elle sort, prend avec elle Déménète, l'introduit et la fait coucher. Puis elle lui ôte la lampe, afin, dit-elle, qu'elle ne soit pas reconnue par toi, qui pendant ce temps étais à Égine, et lui recommande de satisfaire sa passion sans mol dire. « Pour moi, ajoute-t-elle, je vais trouver le jeune homme et te l'amener. Il est occupé à boire dans le voisinage.» Aussitôt elle sort, va trouver Aristippe au lieu convenu, et l'engage à venir garrotter l'adultère. Il la suit, arrive à la maison, se précipite dans la chambre, et trouve le lit tant bien que mal, à la pâle clarté de la lune : «Je te tiens, dit-il, ennemie des Dieux. » Au moment même où il parlait, Thisbé frappe les portes le plus violemment qu'elle peut et s'écrie : « fatalité! le galant nous a échappé! Prenez bien garde, mon maître, d'être aussi en défaut pour l'autre. — Sois tranquille, dit-il, j'ai la main sur la scélérate, celle qui me tenait le plus à cœur. » Puis il la saisit et la traîne vers la ville. Pour elle, réfléchissant sans doute à toute l'horreur de sa situation, à ses espérances déçues, à l'opprobre desa conduite et au châtiment qui l'attendait, désespérée d'avoir été surprise, furieuse d'être jouée et déçue, elle saisit le moment où elle passe près
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du puits qui est dans TAcadémie. (Tu vois l'endroit, là où les Polémarques font aux Héros les sacrificesr d'usage.) Elle déchire avec ses ongles les mains da vieillard, se dégage et se précipite la tête en avant. Ainsi périt misérablement cette misérable. « J'ai justice de toi, dit alors Aristippe, avant même de recourir aux lois. » Le lendemain il alla tout exposer au peuple et se fit amnistier à grand'peine. Depuis, il a fait force dé^ marches auprès de ses amis et de ses connaissances pour faire décréter ton retour ; mais je ne saurais dire si quelque chose a été réglé dans ce sens ; car rien n'était décidé quand je me suis embarqué, appelé ici par quelque affaire particulière. Tu dois cependant compter que le peuple consentira à ton retour, et que ton père viendra te chercher comme il en a annoncé l'intention. ))
XVill. » Tel fut le récit de Charias. Quant au reste de mon histoire, comment je suis venu ici, par quelles traverses j'ai passé, ce serait un trop long récit et qui exigerait trop de temps. » En parlant ainsi, il versait des larmes : les deux jeunes gens pleuraient aussi, attendris en apparence par son récit, en réalité par un retour sur eux-mêmes. Leurs gémissements n'auraient point eu de terme, si le sommeil, provoqué par la douceur des larmes, n'eût mis fiti à leurs sanglots. C'est ainsi qu'ils s'endormirent. Cependant Thyamis (c'était le nom du chef de brigands), après avoir reposé tranquillement la plus grande partie de la nuit, avait été ensuite tourmenté de visions étranges, qui l'avaient tout-à-coup arraché au sommeil ; occupé à se rendre compte de ce songe, il veillait plongé dans ses réflexions. C'était au moment où les coqs chantent, soit, comme on dit, qu'un sentiment naturel les avertisse du retour du soleil vers nous et qu'ils s'agitent pour saluer le Dieu, soit que leur ardeur naturelle et le besoin de s'agiter, de manger au plus vite, les portent à éveiller au travail ceux qui habitent la môme maison.