‹ Romans grecsChapitre 120 sur 179 · LIVRE viii. zn · texte numérisé non relu

LIVRE viii. zn

croit être caché, oû rougit d^avouei?; est-on convaincu, on rejette toute pudeur. L'amour secret est timide; celui qui est divulgué devient éborité. Ainsi Arsacé, se trahissant elle-même par la conscience de sa faute, sou pçonnant d'ailleurs que Thyamls avait pénétré quelque chosede ses sentiments, ne tint plus aucun compte ni du prêtre, ni de la dignité sacerdotale, et mit de côté toute pudeur féminine. « Vous vous Repentirez, s'écria-t-elle, de ce que vous avez fait à Mitranès, et un temps viendra où Oroondatès fera justice de ceux qui l'ont assassiné, lui et ses compagnons. Quant à ces jeunes gens, je ne les lâcherai point; pour le moment ils sont mes esclaves, et, d'ici à peu de temps, ils seront envoyés a mon frère, le Grand Roi, conformément à la loi des Perses. Après cela, pérore à ton gré; invoque la justice, l'honnêteté, l'utilité; tu n'y gagneras rien : car celui qui a le pouvoir n'a besoin de rien de tout' cela; il fait à son gré, par sa seule volonté, le juste, l'utile et l'honnête. Maintenant, sors au plus vite et de bon gré de ma cour, ou, si tu n'y prends garde, je te ferai jeter dehors de vive force. » Thyamis sortit en prenant les Dieux à témoin, et se contenta de lui dire que tout cela ne saurait aboutir à bien. Déjà il méditait de tout déclarer au peuple^ et d'invoquer son appui. « Je me moque, lui dit-elle, de ton pontificat; l'amour ne connaît qu'un sacerdoce, la jouissance; » et, s'étant retirée à sa chambre, elle fit appeler Cybèle pour conférer avec elle sur l'état de ses affaires. Déjà la disparition d'Achéménès commençait à lui donner quelque soupçon de sa fuite : toutes les fois qu'elle s'informait et s'inquiétait de lui, Cybèle imaginait tantôt un prétexte, tantôt un autre; elle mettait tout en oeuvre pour éloigner de son esprit l'idée d'une ftiite vers Oroondatès. A la fin cependant elle ne réussissait plus qu'imparfaitement à la convaincre, et déjà la durée de cette absence inspirait à Arsacé de vives défiances, a Eh bien ! Cybèle, lui dit-elle, que

ferons-nous? quel sera le terme de mes ennuis? Mon amour ne diminue point; il grandit sans cesse, puisant dans la vue du jeune homme un continuel aliment à sa flamme. Et lui, il persiste dans ses cruautés et son obstination. Il était d'humeur moins farouche tout d'abord; il m'amusait du moins par de trompeuses promesses; mais maintenant il repousse mes avances nettement et sans détour. Ce qui me trouble encore plus, c'est la crainte que lui aussi n'ait appris quelque chose de ce que je soupçonne au sujet d'Achéménès, et que la frayeur ne l'éloigné encore du but où je l'attends. Mais Achéménès surtout m'inquiète : sans doute il est maintenant auprès d'Oroonda tes; on croira ses rapports, ou, tout au moins, ils ne paraîtront pas entièrement dénués de fondement. Que ne puis-je seulement voir Oroondatès ! Une seule caresse, une seule larme d'Arsacé, et il serait désarmé! Le regard d'une femme, d'une compagne, a sur les hommes une grande puissance de persuasion. Mais le plus affreux serait, avant d'avoir obtenu Théagène, d'être prévenue par l'accusation, peut-être même par le châtiment, si Oroondatès venait à y ajouter foi avant de m'a voir vue. Ainsi donc, Cybèle, mets tout en mouvement, imagine tous les expédients : tu vois la situation critique, désespérée de mes affaires. Songe d'ailleurs qu'il n'est guère probable que, le jour où je renoncerai moimôme à tout espoir, je ménage beaucoup les autres. Tu seras la première à recueillir le fruit des trames de ton fils; car je ne saurais concevoir que tu les aies ignorées. — Quant à mon fils, dit Cybèle, et à ma fidélité envers vous, ô ma maîtresse, les faits vous prouveront que vous nous accusez à tort. Quand c'est vousmême qui poursuivez votre amour avec une pareille nonchalance, quand vous êtes réellement sans courage et sans vigueur, n'accusez pas les autres, qui n'y peuvent rien. Au lieu de commander comme maîtresse, vous caressez ce jeune garçon comme une esclave.

Page 1