‹ Romans grecsChapitre 123 sur 179 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

çants d'Arsacé : ils entassaient du bois, accumulaient des roseaux et avivaient le feu par tous les moyens. Mais rien n'y faisait. Le peuple s'agitait de plus en plus; voyant là une intervention divine, il criait : « Cette femme est pure, cette femme est innocente ! » Déjà la foule était près du bûcher et en écartait les exécuteurs; Thyamis, à la tête du peuple, l'exhortait à secourir Chariclée; car il avait été, lui* aussi, averti de ce qui se passait et attiré par l'immense clameur de la multitude. Tous brûlaient d'arracher Chariclée au bûcher; mais, n'osant en approcher, ils l'exhortaient à s'élancer hors du feu; ils lui disaient qu'après avoir ainsi séjourné au milieu des flammes, elle n'avait rien à craindre si elle voulait en sortir. A. cette vue, à ces cris, Chariclée, persuadée elle-même que c'étaient les Dieux qui l'avaient protégée, résolut de ne pas se montrer ingrate envers la Divinité, et de ne pas repousser ses bienfaits. Elle sauta hors du bûcher. Toute la ville, dans l'allégresse et l'admiration, fît retentir l'air d'un concert unanime d'applaudissements et d'actions de grâce aux Dieux tout puissants. Cependant Arsacé ne se contenait plus; elle s'élança de la muraille, et accourut par une petite porte, accompagnée d'une garde nombreuse et des principaux seigneurs perses. Elle mit elle-même la main sur Chariclée, et jeta à'ia foule un regard de mépris : c< Ne rougissez-vous pas, dit-elle, de ces eflForts pour arracher à un juste châtiment, une misérable, une empoisonneuse, prise en flagrant délit, convaincue par sps propres aveux. En protégeant une criminelle, vous résistez aux lois des Perses, au Roi lui-même, aux^satrapes, aux seigneurs et aux juges. Sans doute, c'est parce qu'elle n'a pas été brûlée que vous vous laissez abuser par une faussa pitié, attribuant le fait aux Dieux. N'aurez-vous donc pas le bon sens de songer que c'est là une nouvelle preuve de l'empoisonnement, puisque telle est la puissance de sa magie, qu'elle résiste môme à la violence du feu? II. 21

2m THÉAGÈNE ET CHARICLÉE.

Venez, si vous le voulez, demain à la aéaace du tribunal qui se tiendra publiquement pour vous; vous verrez qu'elle-même avoue et qu'elle est convaincue par le témoignage de ses codospUces que je tiens en prison. » En même temps elle lui mit la main sur le col, rentralna elle-même, et ordonna à ses gardes de dis* perser la foule. Quelques-uns s'indigjDaient et son* geaient à résister; les autres cédaient, oeux-ci él»ranlés par le soupçon d'empoisonnement, ceux-là écartés par la crainte d'Arsacé et de sa puissance. Charklée, livrée de nouveau à Euphrat^s et chargée de liens plus nombreux evicore, alla attendre en prison un second jugement et un nouveau supplice. C'était du faoins pour elle une immense joie, dans ses malheurs, de se trouver avec Théagène et de lui raconter tout ce qui lui était arrivé. Arsacé avait imaginé de les réunir pour accroître encore leur supplice; elle voulait se jouer en quelque sorte de leurs maux et les torturer davaotage, en les enfermant dans la même .prison, afin qu'ils pussent se voir l'un l'autre dans les fers et entre les mains des bourreaux. Car elle savait que les souffrances de la personne aimée sont plus sensibles à l'amant que les siennes propres. Mais c'était peureux, au contraire, une consolation ; ils regardaient couftise un bonheur d'être soumis aux mêmes épreuves. Si l'un d'eux était moins torturé que l'autre^ il s'imaginait être vaincu et faire preuve de moins d'amour. Ils pouvaient d'ailleurs se voir mutuellement, s'entretenir, s'exhorter à supporter avec noblesse et courage les malheurs qui fondaient sur eux, les combats quiis soutenaient pour leur chasteté et leur fidélité mutuelle.

X. Leur entretien se prolongea fort avant dans la nuit, comme on le conçoit aisément de deux amants, qui n'ont plus d'espoir de se voir jamais une fois la nuit écoulée, et qui veulent jouir l'un de l'autre autant qu'il est en eux* A la fin leur attention s'arrêta

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