II
temps et s'était jeté daas la ville. Il fit fermer les portes, disposer sur les murailles des traits^ des armes et des machines, et attendit les événements. Le roi des Éthiopiens, Hydaspe, prévenu è distance par ses éclaireurs que les Perses devaient se jeter dans Syène, avait, de son côté, forcé de marche pour l'occuper avant eux. Mais, étant arrivé trop tard, il mena son armée à l'attaque de la ville. Une fois ses troupes répandues autour des murailles, il se contenta d'abord d'observer la place, sans livrer aucun combat, entassant aux abords de Syène une multitude innombrable d'hommes, d'animaux et d'armes. C'est là que les éclaireurs le rencontrèrent et lui amenèrent les prisonniers. Hydaspe contempla avec un certain plaisir ces jeunes gens, et, par une sorte d'inspiration de l'âme, se montra dès le premier moment bienveillant pour ses enfants, même sans les connaître. Mais il accueillit surtout avec joie ce présage de prisonniers qu'on amenait enchaînés. a A merveille, dit-il; cette première prise montre que les Dieux nous livrent nos.ennemis enchaînés. Que ces premiers prisonniers soient réservés pour les prémices de la guerre; qu'on les garde comme victimes triomphales, afin de les offrir en sacrifice aux Dieux du pays, suivant l'antique loi éthiopienne. » Après avoir fait des présents aux éclaireurs, il les envoya aux bagages, ainsi que les captifs, assigna à ces derniers un certain nombre de gardes qui parlaient leur langue, et recommanda de les traiter à tous égards avec le plus grand soin. Ordre fut donné de leur fournir une nourriture abondante, de les garder purs de toute souillure, comme des victimes désormais consacrées, et de remplacer leurs chaînes de fer par des chaînes d'or. Car en Ethiopie l'or est employé aux mêmes usages qu'ailleurs le fer.
II. On se conforma à ces instructions. En se voyant enlever leurs premiers liens, ils avaient conçu quelque espoir de vivre libres désormais ; mais, quand ils