‹ Romans grecsChapitre 133 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

met commande la pitié : *mais ne pouvant tien pour eux dans le moment, il résolut de mieux s'assurer encore de leurs dispositions. 11 avait précédemment fait préparer des bateaux de transport, les avait introduits du Nil dans Tintérieur des levées par la coupure de la jetée, et les y avait amarrés. Il en choisit dix nouvellement construits, les chargea d'archers parfaitement armés, les instruisit de ce qu'ils avaient à dire et les envoya vers les Perses. Les archers s'avancèrent couverts de leurs armes, afln d'être prêts à se défendre, si, contre toute attente, les assiégés tentaient quelque chose du haut des murs. C'était un spectacle étrange et nouveau : des vaisseaux faisaient voile d'une muraille contre une muraille; des matelots dirigeaient leurs bâtiments au milieu des terres; une flotte voguait au-clessus des champs de labour. La guerre, mère de toutes nouveautés, se Surpassait en quelque sorte elle-même par des merveilles inouïes jusque-là , elle mettait aux prises des forces navales avec des assiégés défendant leurs murs, des soldats de terre avec des troupes combattant sur un lac. Lorsque ceux de la ville virent des barques, montées par des soldats armés, se diriger vers le point où le mur s'était écroulé, l'effroi qui pesait déjà sur eux, les terreurs que leur inspiraient les dangers dont ils étaient environnés, les disposèrent à ne voir que des ennemis dans ceux qui venaient pour les sauver (car dans les dangers extrêmes, tout est sujet de défiance et de trouble) ; ils se mirent à lancer des traits du haut des murs et à viser aux bâtiments. Ainsi, dans une situation désespérée, les hommes se figurent toujours avoir beaucoup gagné s'ils diffèrent, ne fût-ce que d'une heure , l'instant de leur mort. Cependant, ils ne tiraient pas de manière à blesser ; ils ne visaient qu'à écarter les bâtiments qui cinglaient vers eux. Les Éthiopiens répondirent à cette attaque; et, comme ils visaient plus juste, ne connaissant pas encore les intentions des Perses, ils en

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blessèrent deux ou trois, si' rudement et si inopinément, qu'ils tombèrent la tête en avant, hors des murs, et furent lancés dans les flots. Les assiégés ne ripostaient que mollement ; mais les Éthiopiens attaquaient avec fureur et le combat allait s'échauffer, lorsqu'un des Syéniens, homme d'âge et d'autorité, courut aux murs au milieu des combattants : « Pauvres insensés! leur dit-il; vos malheurs vous troublent la raison : ceux que nous appelions tout à l'heure par nos supplications, dont nous ne cessions d'invoquer l'appui, ils arrivent contre tout espoir, et nous les repoussons ! S'ils viennent comme amis, avec des propositions de paix, nous leur devrons notre salut; si, au contraire, ils viennent avec des intentions hostiles, nous en aurons aisément raison , même après qu'ils auront abordé. A supposer même que nous les écrasions tous, qu'aurions-nous gagné, quand une telle nuée d'ennemis enveloppe la ville et par terre et par eau ? Recevons-les donc et sachons ce qu'ils veulent. » Tous approuvèrent son avis, et le satrape lui-même s'y rangea. Les soldats s'établirent de part et d'autre de la muraille écroulée, et se tinrent immobiles, les armes au repos.

VI. Quand Tintervalle entre les deux tours fut vide de combattants et que les habitants eurent fait signe, en agitant des lambeaux d'étoffe, qu'ils permettaient l'abordage, les Éthiopiens approchèrent. Du haut de leurs bâtiments, qui leur tenaient lieu de tribune, ils parlèrent ainsi à l'assemblée des assiégés : « Perses et Syéniens qui nous écoutez, Hydaspe, roi des Éthiopiens de l'Orient et l'Occident, votre roi maintenant, sait dompter ses ennemis ; mais il sait aussi prendre pitié des suppliants : car il voit dans la victoire une preuve de valeur, et dans la commisération une marque de générosité ; l'une témoigne de la vigueur guerrière de son bras, l'autre de ses propres sentiments. 11 dépend de lui que vous soyez ou que vous ne soyez pas ;

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