‹ Romans grecsChapitre 134 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

mais, cédant à vos prières, il vous fait remises des calamités de la guerre, maintenant inévitables, évidentes à tous les yeux. Quant aux conditions auxquelles vous vous rachèterez de ces maux, il vous en laisse le choix, sans rien fixer lui-même. Car Hydaspe n'est point un tyran qui méprise les lois de la justice; c'est un roi qui gouverne les hommes sans donner prise à la haine. » A ces propositions, les Syéniens répondirent qu'ils se mettaient, sans conditions, eux, leurs enfants et leurs femmes, à la discrétion d'Hydaspe ; que s'ils échappaient à la destruction, ils lui remettraient leur ville; mais que, maintenant encore, elle était comme suspendue sans espoir sur l'abîme, à moins que les Dieux et Hydaspe ne trouvassent quelque moyen de prévenir sa ruine. Oroondatès déclara de son côté qu'il renonçait aux objets en litige, cause et prix de la guerre : il offrit d'abandonner la ville de Philé et les mines de diamant. Mais il demanda à n'être point réduit à la nécessité de se livrer lui et ses soldats ; il priait Hydaspe de pousser la générosité jusqu'au bout, et de leur permettre de se retirer à Éléphantis, à la condition de ne causer aucun dommage et de ne point porter les armes contre lui. Peu lui importait, dit-il, d'être tué maintenant, si Ton devait, en lui laissant la vie, l'exposer à être mis à mort par le roi des Perses, comme traître à son armée. La condition même serait pire, puisque maintenant on lui ferait sans doute souffrir simplement la mort, à la manière accoutumée, tandis qu'alors on le soumettrait aux plus affreuses tortures, aux plus cruels raffinements de barbarie. Vil. Après cette réponse, il les pria de recevoir sur leurs bâtiments deux Perses qu'il voulait, disait-il, envoyer à Éléphantis ; promettant, d'ailleurs, si les habitants voulaient se rendre, de ne pas hésiter à en faire autant de son côté. Les Éthiopiens repartirent avec ces propositions, emmenèrent avec eux les deux Perses, et allèrent tout rapporter au roi. Hydaspe sourit etse

258 THÉAGENE ET CHARICLÉE.

moqua fort de la sottise d'Oroondates, qui prétendait traiter sur le pied de l'égalité, quand déjà il était la propriété d'un autre, quand sa vie et sa mort étaient chose incertaine et qui ne relevait plus de lui. a Mais, dit-il, il ne serait pas raisonnable que la folie d'un seni causât la ruine de tant d'hommes ; » et il autorisa les envoyés d'Oroondatès à se rendre à Eléphantis, affectant de ne faire aucun cas deja résistance qu'ils pourraient provoquer. En môme temps, il ordonna à une partie des siens de fermer la coupure pratiquée pour la dérivation du Nil, pendant que d'autres ouvriraient dans la circonvallation une issue pour les eaux. De cette manière, le courant cessant d'arriver et une voie d'écoulement étant ouverte aux eaux accumulées autour de la ville, le terrain s'assainirait plus vite et deviendrait praticable. Us se mirent incontinent à l'œuvre; mais ils ne purent exécuter qu'une faible portion du travail, et durent remettre au lendemain pour le terminer; car ils furent surpris par le soir et la nuit, peu de temps après avoir reçu cet ordre.

Vill. Cependant les habitants de le ville ne négligeaient aucun moyen de défense en leur pouvoir, et, dans une situation désespérée, ils n'oubliaient rien de ce qui pouvait contribuer à leur salut. Les uns creusaient la galerie souterraine, et déjà ils se croyaient à peu de distance de la circonvallation, autant qu'ils pouvaient en juger en comparant la distance du mur à la levée, estimée à l'œil, avec la longueur du souterrain, mesurée à la corde. D'autres relevaient aux flambeaux le pan de mur écroulé. Cette reconstruction, du reste, était facile, les pierres, au moment de la chute, ayant été jetées à l'intérieur. Mais, au moment même où ils croyaient avoir suffisamment pourvu à leur sûreté pour le présent, ils se trouvèrent sous le coup de nouvelles terreurs : vers le milieu de la nuit, la partie de la levée que les Éthiopiens avaient commencé à couper la veille, se rompit tout à coup-: peut-être, la

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