UVRE IX
pour le peu que nous en avons dit, et nous gardons un profond et respectueux silence sur la partie la plus secrète de ces mystères, pour revenir au récit des événements de Syène. Les fêtes du Niloa tombant à cette époque, les habitants étaient tout entiers aux sacrifices et aux cérémonies religieuses. Leurs corps étaient épuisés par les épreuves qu'ils venaient de traverser ; mais ce qu'ils devaient aux Dieux était présent à leur esprit, et ils s'en acquittaient suivant leurs moyens. Cependant, au milieu de la nuit, Oroondatès profita du moment où, à la suite des réjouissances, les Syéniens étaient plongés dans un profond sommeil, et fit sortir sans bruit son armée. Il avait d'avance désigné secrètement aux Perses la porte par laquelle devait avoir lieu la sortie et l'heure du rendez-vous. Chaque décurion avait ordre de laisser sur place les chevaux et les bêtes de somme, de peur qu'ils n'embarrassassent la marche et que leur bruit ne donnât quelque soupçon de l'évasion. Chaque homme devait prendre seulement ses armes et apporter avec lui une poutre ou une planche. Lorsqu'ils furent réunis à la porte désignée, Oroondatès fit jeter en travers sur la vase, h la suite l'une de l'autre, les poutres qu'ils avaient apportées et que les derniers faisaient passer de main en main à ceux qui étaient en tête. Il forma ainsi une sorte de pont où toutes les troupes passèrent aisément en quelques instants. Quand il eut une fois ga^né la terre ferme, il lui fut facile d'échapper ; car les Éthiopiens, ne soupçonnant rien, n'avaient songé à exercer aucune surveillance et dormaient sans la moindre inquiétude. If courut à perte d'haleine vers Éléphantis, où il arriva avec toute son armée et fut reçu sans difficulté. Car les deux Perses précédemment envoyés de Syène avaient, conformément à leurs .instructions, guetté chaque nuit son arrivée et lui ouvrirent les portes dès qii'ils entendirent le mot d'ordre convenu. Au point du Jour, les Syéniens eurent connaissance II. 23
209 THËA/GÈNË El CUAUlCLp:.
de révasion : d'abord chacun d'eux remarqua l'absence des Perses logés chez lui ; puis ils se communiquèrent leurs soupçons, que confirma encore la vue de la traînée de planches. lisse trouvaient donc encore une fois en proie à de cruelles perplexités, coupables en apparence de nouveaux griefs, et exposés à une accusation plus grave', celle de s'être montrés infidèles et d'avoir favorisé l'évasion des Perses après de telles preu- 'ves de clémence. Aussi résolurent-ils de sortir en masse de la ville et d'aller se remettre entre les mains des Éthio{)iens, en protestant par serment de leur ignorance, afin d'exciter chez eux quelque pitié. Ils rassemblèrent toute la population, sans distinction d'âge, prirent à la main des rameaux, emblème de supplication, des flambeaux et des torches allumées, et, précédés de la caste sacerdotale, des statues de leurs Dieux, en guise de caducée, ils s'avancèreat vers les Éthiopiens par le pont de planches, dans l'attitude de suppliants. Arrivés à quelque distance, ils s'agenouillèrent, et, dans cette posture, tous, comme à un signal donné, firent entendre d'une seule voix des gémissements plaintifs et de déchirantes lamentations. Pour exciter encore plus la compassion, ils mirent à terre devant eux leurs petits enfants, et les laissèrent aller au hasard, espérant que l'innocence de leur âge à l'abri de tout soupçon pourrait fléchir la colère des Éthiopiens. Ces pauvres enfants, glacés d'effroi et ne comprenant rien à tout cet appareil, mis en fuite peutêtre par l'immense cri qui retentissait derrière eux, couraient éperdus devant leurs pères et leurs mères. Les uns se traînaient en rampant le long du chemin qui menait à l'ennemi ; d'autres trébuchaient en marchant et poussaient des vagissements à fendre le cœur, comme si la fortune eût voulu personnifier en eux la supplication.
XI. llydaspe, à la vue de cotte multitude, crut qu'ils venaient simplement pour réitérer les nsAnes prières