‹ Romans grecsChapitre 137 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

ct'Se mettre entièrement à sa discrétion. îl leur envoya demander ce qu'ils voulaient et pourquoi ils venaient seuls, sans être accompagnés des Perses. Alors ils racontèrent tout : l'évasion des Perses, sans aucune complicité de leur part; leur fête nationale; comment les Perses s'étaient enfuis pendant qu'ils .étaient occupés au service des Dieux et s'abandonnaient au sommeil après le festin solennel ; comment enfin, même le sachant, ils n'auraient pu, sans armes, opposer aucune résistance à des gens armés. Hydaspe, en recevant ces nouvelles, se douta bien qu'Oroondatès lui tendrait quelque piège, ce qui était vrai. Il fit seulement mander les prêtres, adora les statues des Dieux qu'ils portaient avec eux pour inspirer plus de respect, et leur demanda s'ils avaient quelque chose de plus à lui apprendre au sujet des Perses, de la direction qu'ils avaient suivie, de leurs espérances ou de leurs projets. Ils répondirent qu'ils ne savaient rien positivement, mais que, d'après leurs conjectures, les Perses avaient dû se diriger vers Éléphantis où était réunie la plus grande partie de leur armée; qu'Oroondatès comptait sur toutes ses troupes, mais principalement sur les cavaliers bardés de fer.

XII. Après cette réponse, ils le prièrent de considérer la ville comme sa propriété, d'y faire son entrée et de ne point persévérer dans sa colère contre eux. Cependant Hydaspe ne jugea pas à propos pour le moment d'entrer lui-même dans la ville ; il y envoya deux phalanges d'hoplites, pour sonder le terrain dans la crainte de quelque embûche, ou, dans le cas contraire, pour garder la place. Quant aux Syéniens, il les renvoya avec de bonnes promesses. Lui-même rangea son armée en bataille, afin de recevoir les Perses s'ils attaquaient, ou de marcher à eux s'ils se faisaient attendre. Les dispositions n'étaient pas encore entièrement terminées^ que ses éclaireurs vinrent lui annoncer que les Perses s'avançaient en ordre de bataille. En efi'et,

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Oroondates avait précédemment ordonné à toute son armée de se réunir à Élépiiantis; mais informé que les Éthiopiens s'avançaient à i'improviste, il avait été obligé de se jeter lui-même dans Syène avec quelques troupes. Enfermé dans la ville par une circonvallation, il avait demandé la vie sauve, l'avait obtenue d'Hydaspe, grâce à ses promesses, et s*était montré ensuite le plus perOde des hommes. Car les deux Perses qu'il avait embarqués avec les Éthiopiens, sous prétexte de les envoyer à Éléphantis sonder les dispositions des habitants et voir à quelles cx)nditioQs ils consentiraient à traiter avec Hydaspe, avaient en réalité pour mission de s'assurer s'ils voulaient se préparer au combat, dans le cas où lui-mêmQ parviendrait à s'échapper. La trahison réussit : il les trouva tout préparés; -et, sans perdre un instant, il les mena aussitôt en avant dans l'espoir de surprendre l'ennemi par sa rapidité, avant qu'il eût fait ses dispositions.

XIIL Déjà l'armée était en vue, éblouissant les regards par son faste persique et étincelant au loin dans la campagne sous ses armes d'or et d'argent. Le soleil se levait en face des Perses, et ses rayons, refléchis par leurs armes, lançaient à une immense distance des éclairs éblouissants, auxquels venaient s'ajouter encore l'éclat et les feux des armures. A l'aile droite étaient les Perses et les Mèdes; aux premiers rangs les hoplites, derrière eux les archers; n'ayant point d'armure pour se protéger, ils pouvaient viser plus sûrement, à l'abri derrière les troupes armées de toutes pièces. Les Égyptiens, les Libyens et tous les soldats étrangers formaient la gauche. Avec eux se trouvaient aussi des archers et des frondeurs qui avaient ordre de diriger des attaques sur les flancs de l'ennemi et de l'accabler de traits. Oroondates s'était placé au centre, majestueusement assis sur un char armé de faux, flanqué de troupes à droite et à gauche pour sa sûreté, et n'ayant devant lui que les cavftfiers bardés

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de fer, corps d'élite, sur lequel il comptait surtout pour justifier son audacieuse attaque. Cette troupe est en effet la plus redoutable de Tarmée des Perses; elle les couvre comme un rempart inébranlable.

XIV. Voici quelle est leur armure : les hommes, choisis avec soin et remarquables pour leur vigueur, portent sur la tête un casque massif et d'une seule pièce, qui embrasse exactement tous les contours du visage, comme un masque de théâtre. La tête en est entièrement enveloppée depuis le sommet jusqu'au col, à part deux trous ménagés pour les yeux. La main droite du cavalier tient une lance d'une longueur plus qu'ordinaire, sa gauche dirige les rênes. Un sabre pend à son côté. Une cuirasse embrasse non-seulement la poitrine, mais le corps tout entier. Le travail en est remarquable : elle est formée de lames d'airain ou de fer, de forme carrée et mesurant un empan dans tous les sens. Ces lames sont disposées de manière à se recouvrir mutuellement par leurs bords : l'extrémité inférieure de l'une couvre le bord supérieur de l'autre, et de même en sens latéral. Sous les futures sont adaptées des pièces de rapport retenues par des crochets, de manière à produire un tout continu. L'ensemble forme une sorte de tunique composée d'une série d'écaillés, qui tombe sur le corps sans le froisser et l'enveloppe de toutes parts, s'adaptant exactement à chaque membre, et pouvant se resserrer ou s'étendre à volonté pour ne pas gêner les mouvements. Elle est garnie de manches, s'étend du col aux genoux et n'est fendue aux cuisses qu'autant qu'il est nécessaire pour que le cavalier puisse se tenir à cheval. Telle est leur cuirasse : non -seulement cette armure est à l'épreuve des traits, mais aucun coup ne peut rien sur elle. Les jambes sont emboîtées dans des grèves qui vont de l'extrémité du talon jusqu'au genou et s'attachent à l'extrémité du haubert. Le cheval est bardé de la même manière : à ses pieds sont attachés des jambarts ; sa tête est armée

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