‹ Romans grecsChapitre 139 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

leur centre, Hydaspo se posta lui-même en face d'eux avec ses éléphants chargés de tours. Devant lui, il rangea les hoplites Blemmyes et Sères auxquels il fît connaître ce qu'ils auraient à faire une fois l'action engagée.

XVI. Les signaux levés de part et d'autre, les éclats de la trompette préludèrent à l'action du côté des Perses, les roulements du tambour du côté des Éthiopiens. Oroondatès, criant de toute sa force, lança ses troupes au pas de course. Hydaspe, au contraire, ordonna aux siennes d'aller à l'ennemi lentement d'abord, et d'accélérer ensuite la marche peu è peu. Il voulait que les éléphants ne fussent point devancés par les combattants places devant eux; il espérait, d'un autre côté, amortir l'impétuosité de la cavalerie ennemie, en lui laissant traverser l'intervalle des deux armées. Lorsqu'on fut à portée de trait, les Blemmyes, voyant les cavaliers bardés de fer exciter leurs chevaux pour se précipiter sur eux, exécutèrent les ordres d'Hydaspe : laissant derrière eux les Sères, pour servir aux éléphants comme de rempart et de bouclier, ils s'élancèrent de toute leur vitesse, bien loin hors des lignes, à la rencontre des cavaliers. A les voir ainsi courir en si petit nombre, contre des troupes plus nombreuses et bardées de fer, on les eût crus atteints de folie. Les Perses n'en poussèrent que plus vivement leurs chevaux, regardant comme un bonheur l'audace de leurs ennemis, et persuadés qu'ils allaient les balayer aussitôt au premier choc.

XVII. Déjà on s'abordait; les Blemmyes touchaient presque le fer des lances, lorsque tout-à-coup ils se baissèrent tous, comme par un même mouvement, et se glissèrent sous les chevaux, un genou en terre. A peine y en eut-il quelques-uns qui eurent la tête et le dos foulés sous les pieds des chevaux. Eux, au contraire, ils firent aux chevaux un mal incroyable en leur ouvrant le ventre, au passage, avec leur épée.

268 THEAGENE ET CHARICLEE.

Rendus insensibles au frein par la douleur, les chevaux s'abattaient en grand nombre et renversaient leurs cavaliers. Ceux-ci gisaient entassés et immobiles, et les Blemmyes n'avaient qu'à les percer sous les cuisses au défaut de la cuirasse. Car, le cavalier perse bardé de fer ne peut faire aucun mouvement, s'il n'a un guide pour le conduire par la main. Ceux dont les chevaux n'étaient point blessés et qui purent échapper, furent emportés vers les Sères. Mais ceux-ci, dès qu'ils les virent approcher, se glissèrent entre les éléphants, et se réfugièrent à l'abri de leur masse, comme derrière un retranchement ou un rempart. Là périrent beaucoup de cavaliers, ou pour mieux dire ce fut presque un massacre général. A l'aspect hideux des éléphants démasqués tout-à-coup, à la vue de ces énormes animaux qu'ils ne connaissaient point, les chevaux furent saisis d'épouvante : les uns tournaient bride, les autres s'entre-heurtaient; en un instant le désordre fut dans les rangs. Du haut des tours qui surmontaient les éléphants, les Ethiopiens faisaient pleuvoir une grêle de traits. Chaque tour portait six hommes sur le front, et deux de chaque côté, la partie tournée du côté de la queue étant seule dégarnie. C'étaient pour eux comme autant de citadelles, du haut desquelles ils lançaient une telle quantité de traits, et tellement à coup sûr, que les Perses paraissaient au milieu d'une nuée de flèches. Visant surtout aux yeux de leurs adversaires, comme s'il se fût agi non d'un combat sérieux, mais d'un simple jeu où ils auraient disputé le prix de l'adresse, les Éthiopiens touchaient le but avec une telle précision, qu'on voyait ceux qu'ils avaient atteints errer au hasard dans les rangs, portant fichés dans les yeux deux traits qu'on eût pris pour de longues flûtes. Si quelques-uns, entraînés par l'impétuosité de la course, et dans l'impossibilité de retenir leurs chevaux, étaient malgré eux emportés en avant, ils tombaient au milieu des éléphants. Les uns péris-

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