‹ Romans grecsChapitre 140 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

saient renversés et foulés aux pieds par les éléphants eux-mêmes; les autres étaient tués par les Sèreset les Blemmyes qui, s'élançant de derrière les éléphants comme d'une embuscade, choisissaient le défaut des armes pour les frapper à coup sûr, ou les saisissaient corps à corps et les renversaient de leurs chevaux. Ceux qui échappaient se sauvaient sans avoir fait aucun mal aux éléphants : car ces animaux sont aussi bardés de fer quand ils vont au combat ; la nature leur a donné d'ailleurs une peau excessivement dure, couverte à la surface d'écaillés impénétrables, contre lesquelles tous les traits viennent s'émousser impuissants.

XVUI. Une fois les derniers cavaliers mis en fuite, le satrape Oroondatès sauta à bas de son char, monta un cheval de Nysa, et s'enfuit lui-môme plus honteusement que personne. A Taile gauche, les Égyptiens et les Libyens, ignorant cette déroute, soutenaient vaillamment l'efifort du combat, et tout en recevant plus de blessures qu'ils n'en portaient, opposaient au péril un courage inébranlable. Les troupes de la région du cinnamome qui leur étaient opposées les harcelaient à outrance et les tenaient dans de perpétuelles alarmes; fuyant quand elles voyaient les Égyptiens avancer, elles prenaient sur eux une avance considérable, et tout en reculant se retournaient pour décocher leurs traits. L'ennemi cédait-il, ils revenaient à la charge, et voltigeaient sur ses flancs : les uns lançaient des pierres avec leurs frondes, les autres dardaient de petites flèches imprégnées de sang de dragon, dont les blessures causent instantanément la mort. Ces peuples de la région du cinnamome semblent lancer leurs traits en se jouant plutôt qu'avec l'application d'un combat sérieux. Leur tête est entourée d'une sorte de tresse circulaire, dans laquelle les flèches sont passées en rond, la partie ailée contre la tête, la pointe en l'air comme les rayons d'une cou-

2TfO THEAGENE ET CHARICLEE.

roDue. Chacun les a ainsi sous la main et les lire sans peine comme d*un carquois au moment du combat. Ils vont à Tennemi entièrement nus, avec des danses sauvages, des bonds et des contorsions de Satyres, la tête couronnée de leurs flèches, et lancent des traits qui, pour n'être point armés de fer, n'en sont pas moins acérés. Ces traits sont tirés de l*épine dorsale du dragon : ils la dressent, la coupent à la longueur d'une coudée, amincissent et aiguisent l'extrémité, et forment ainsi des flèches naturellement armées de leur pointe. 11 est probable même que c'est par allusion à cet usage, que la flèche est appelée chez les Grecs oïston^ parce qu'elle est formée d'un os. Pendant quelque temps, les Égyptiens tinrent bon, et se firent de leurs boucliers enlacés un rempart contre les traits. Car ils sont naturellement braves et se font un point d'honneur de mépriser la mort, moins cependant dans un but d'utilité que par vaine gloire. Peut-être aussi étaientils retenus à leur poste par la crainte du châtiment.

XIX. Mais quand ils apprirent que la cavalerie bardée de fer, regardée comme la principale force de l'armée et l'espérance de la guerre, avait été anéantie, que le satrape avait pris la fuite, enfin que les hoplites mèdes et perses, cette troupe si vantée, n'avaient pas eu beaucoup plus de succès et avaient fait moins de mal à ceux de Méroé qui leur étaient opposés qu'ils n'en avaient éprouvé eux-mêmes, alors ils cédèrent, eux aussi, à l'ennemi qui les pressait, et se mirent en déroule. Hydaspe, voyant du haut d'une tour, qui lui servait comme d'observatoire, la victoire désormais certaine, envoya des hérauts à ses soldats occupés à poursuivre l'ennemi pour leur enjoindre de cesser le massacre, et d'amener prisonniers tous ceux qu'ils pourraient, particulièrement Oroonda tes. Ces ordres furent aussitôt exécutés : les Éthiopiens élargirent leur front de bataille, en diminuant la profondeur de leurs lignes, et ('tendirent les ailes de part et d'autre. Les

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