‹ Romans grecsChapitre 141 sur 179 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

extrémités de la ligne se rabattirent ensuite vers le fleuve, de manière à enfermer les Perses dans un cercle et à ne leur laisser pour fuir qu'une seule voie libre, celle qui conduisait au Nil. Un grand nombre en effet allèrent s'y précipiter, poussés eu désordre par la cavalerie, par les chars armés de faux et par le reste des fuyards, qui se précipitaient éperdus au milieu de la confusion générale. Ils coYnprirent alors que ce qui avait paru d'abord une habile tactique du satrape contre l'ennemi, était, au contraire, une faute d'imprévoyance qui tournait contre eux-mêmes. Craignant d'être enveloppé, il avait eu soin de garder toujours le Nil à dos, sans s'apercevoir qu'il se fermait ainsi le chemin de la retraite. Aussi, lui-même fut-il fait prisonnier. Déjà Achéménès, fils de Cybèle, avait tenté de le tuer : informé de tout ce qui s'était passé à Memphis, il avait résolu de profiter du tumulte pour se débarrasser d'Oroondatès ; car il regrettait les rapports qu'il avait faits contre Arsacé, depuis que les moyens do conviction lui étaient enlevés. Mais il manqua son coup, et ne lui fit pas une blessure mortelle. Le châtiment ne se fît pas attendre; car, au même instant, Achéménès fut percé d'un javelot par un Éthiopien, qui avait reconnu Oroondatès, et voulait le sauver conformément aux ordres d'Hydaspe. Le cœur du soldat s'était soulevé d'indignation contre cette odieuse tentative, lorsqu'il avait vu un homme qui fuyait luimême devant l'ennemi, se retourner contre les siens, et saisir l'occasion d'un désastre public pour satisfaire une inimitié privée.

XX. H fut amené par celui qui l'avait pris : Hydaspe, le voyant prêt à défaillir et tout sanglant, fit étancher le sang comme par enchantement, par ceux qui sont chargés de ce soin. Résolu à le sauver, s'il était possible, il lui adressa quelques paroles de consolation : « Mon ami, lui dit-il, pour ce qui est de ma volonté, lu peux te regarder comme sauvé : car s'il est

beau d'abattre ses ennemis par les armes quand ils sont debout, il ne Test pas moins de les vaincre par la générosité qtiand ils sont tombés. Mais à quoi donc songeais-tu de te montrer ainsi traître à ta parole. — Traître envers toi, dit-il, mais fidèle à mon maître. — Puisque tu as succombé, reprit Hydaspe, fixe toi-même le châtiment que tu mérites. — Celui qu'eût infligé mon roi, répondit Oroonda tes, à un de tes généraux, s'il l'eût pris, pour t'avoir gardé sa foi. — Alors, dit Hydaspe, s'il a vraiment les sentiments d'un roi et non ceux d'un tyran, il eût loué sa conduite, et l'eût renvoyé comblé de présents, afin d'exciter chez les siens, par les éloges donnés à des étrangers, l'émulation de les imiter. Mais, si tu te prétends fidèle, tu ne saurais disconvenir toi-même que tu as été imprudent d'attaquer aussi témérairement tant de milliers d'hommes. — Peut-être n'y avait-il pas imprudence, dit-il, à présumer les sentiments de mon roi, qui se montre plus sévère encore à punir toute espèce de lâcheté à la guerre, que généreux à récompenser la valeur. Aussi ai-je résolu d'aller moi-même au-devant du péril, dans l'espoir de faire quelque action mémorable, de rencon^ trer une de ces bonnes fortunes inespérées, comme en oJQfrent souvent les hasards de la guerre, ou du moins, si j'avais le bonheur d'échapper, de me ménager quelque moyen de justification, comme ayant fait tout ce qui dépendait de moi. »

XXI. Après cet entretien, Hydaspe lui donna des éloges, et l'envoya à Syène, en recommandant aux médecins d'avoir pour lui tous les soins imaginables. De son côté il fit son entrée dans la ville, avec les principaux de son armée. Tous les habitants, sans distinction d'âge, étaient sortis au-devant de lui ; ils répandaient sur l'armée des couronnes et des fleurs du Nil, et célébraient dans des chants de triomphe les louanges d'Hydaspe. Lorsqu'il eut pénétré dans l'intérieur de la ville, monté sur un éléphant, en guise de

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