LIVRE i. n
sërenide nous entraîiier, jusqu'àceqa'enfinnotisabordames au rivage où nous avons été pris par vous. L'affreux carnage que vous y avez vu tient à ce que nos matelots conspirèrent contre nous, pendant que nous célébrions un festin pour notre délivrance, et résolurent de s'emparer de nos richesses en nous égorgeant. Au milieu du massacre, pendant que tous nos compagnons périssaient, que les matelots eux-mêmes tombaient, égorgeant,^rgés tourà tour, seuls nous avons survécu à ce désastre {funeste privilège!) seuls nous restons, misérable débris. Notre seule consolation dans nos malheurs, c'est que quelque Dieu nous ait feit tomber entre vos mains : car au moment où nous craignions pour notre vie, nous avons été appelés à délibérer sur un mariage, que je ne veux certes repousser en aucune façon. Qneje sois jugée digne en effet, moi captive, de la couche de mon maître, c'est là un l)onheur qui surpasse tout espoir! Mais bien plus! qu'une jeune fille consacrée à la Divinité, devienne la compagne du fils d'un prêtre, bientôt prêtre lui-même avec l'aide des Dieux, je ne puis manquer de voir là quelque effet de la faveur céleste. Je ne demande qu'une seule chose ; accordez-la moi, Thyamis : Permettez que j'aille d'abord soit à la ville, soit dans quelqu'autre lieu où se trouve un temple ou un autel consacré à Apollon, afin d'y déposer ces insignes et les fonctions sacerdotales. Le mieux serait d'attendre que vous fussiez à Memphis, en possession de la prêtrise ; les noces alors se feraient plus joyeusement, étant assodées à la victoire et célébrées aprës le succès. Mais je vous laisse à décider si elles doivent avoir Heu plus tôt; que je puisse seulement accomplir les rites sacrés suivant les usages de mon pays. Je sais que vous accéderez à cette prière, étant, comme vous le dites, voué depuis l'enfance au service des Dieux, et plein de respect pour tout ce qui tient à leur culte. »
XXIII. Elle cessa de parler et se mit à fondre en larmes. Tous les assistants approuvèrent sa demande,
?8 THEAGENK ET CHARICLÉE.
exhortèrent Thyamis à y faire droil, et protestèrent de leur dévoAment à le servir. Thyamis accéda pareillement, moitié de gré, moitié de force. Sa passion lui faisait considérer une seule heure de délai comme un temps infini. Mais, d'un autre côté, la parole de Chari-' clée, semblable à la voix d'une sirène, Tavait comme apprivoisé et rendu docile à ses prières. D'ailleurs, il voyait là quelque rapport avec ses songes, et concevait l'espoir de célébrer son mariage à Memphis. 11 congédia donc l'assemblée, après avoir fait le partage du butin et obtenu lui-môme, comme don spontané, une partie de ce qu'il y avait de plus précieux.
XXIV. Ordre fut donné de se tenir prôt dans dix jours pour une tentative sur Memphis. 11 assigna aux jeunes Grecs la tente qu'ils avaient déjà occupée, et voulut que Cnémon continuât à la partager avec eux, non plus comme surveillant, mais comme ami et compagnon. Enfin, il les traitait plus délicatement que lui-même, et admettait de temps en temps Théagène à sa table, par égard pour sa sœur. Quant à Chairiclée, il avait résolu de ne la voir que rarement, de peur que sa vue n'enflammât encore la passion qu'il nourrissait et ne l'entraînât à faire quelque chose de contraire aux conventions précédemment faites. Thyamis fuyait donc dès lors sa présence, ne jugeant pas possible, s'il la voyait, d'être maître de lui-même.
Aussitôt que la foule se fut écoulée» et que chacun eut disparu de son côté dans le marais, Cnémon se mit en mesure d'aller chercher, à quelque distance du lac, l'herbe qu'il avait promise la veille à Théagène.
XXV. Cependant Théagène, profitant du moment où ^ ils restaient livrés à eux-mêmes, se prit à pleurer et à " sangloter. Il ne cessait de prendre les Dieux à témoin,
mais sans adresser une seule parole àChariclée. Elle lui demanda s'il gémissait comme de coutume sur leur commun malheur, ou s'il ne lui était pas survenu quelque nouvelle infortune : — a Que peut-il y avoir de plus