‹ Romans grecsChapitre 16 sur 179 · LIVRE L · texte numérisé non relu

LIVRE L

nouveau, dit Tfaéa^e, de plus ooDtraire à Ja fiai, quelle violation plus grande des serments et des conventions, que Toubli où me laisse Chariclée, pour consentir à une autre union? — Ne blasphème pas ainsi, dit la jeune fille, et ne sois pas pour moi plus cruel que mes malheurs. Ne va pas, quand toutesmesactions, toute ma conduite passée, t*ont donné tant de preuves de mes sentiments, me soupçonner sur des discours de circonstance, accommodés à la nécessité du moment. Autrementy bien loin de me trouver changée, tu montrerasque tu Tes toi-même. Car pour moi, si je suis malheureuse» du moins aucune puissance au monde ne sera assez forte pour m'arracher rien qui soit contraire à l'honnêteté. Une seule fois j'ai failli, je le sais, lorsque j'ai conçu pour toi cette violente passion : et encore était-elle légitime! Car je ne t'ai point cédé comme à un amant; je me suis d'abord donnée toute à toi, comme à un époux auquel m'unissaient des liens sacrés ; je me suis jusqu'ici conservée pure de tout rapport illégitime avec toi ; j'ai bien des fois repoussé tes tentatives, cherchant l'occasion de faire légitimement consacrer l'union arrêtée entre nous dès le principe, et jurée par tout ce qu'il y a de plus sacré. Quelle folie n'est-ce pas à toi 4e croire que je préfère un Barbare à un Grec, un brigand à celui que j'aime? — Quel était donc le but de toute cette belle harangue ? dit Théagène. Que tu m'aies fait passer pour ton frère, j'ai trouvé que c'était fort sagement imaginé ; rien n'était plus propre à nous mettre à l'abri de tout soupçon jaloux de la part de Thyamis, et à nous permettre de rester ensemble sans danger. J'ai compris aussi la fable sur l'Ionie, sur notre voyage à Délos et nos longs errements : c'était un moyen de faire illusion sur notre situation véritable, et d'abuser ceux qui nous écoutaient.

XXVI. » Mais quant à accepter si allègrement ce mariage, à en prendre l'engagement public, à en fixer répoque, je n'ai ni. pu ni voulu le comprendre; j'ai

ao THEAGENE ET €HARICLEE.

souhaité être plutôt englouti que ée voir une telie issue à toutes mes peines, à toutes mes espérances sur toi. d €hariclée« à ces mots» le serra dans ses bras, le cou-ivrit de baisers et l'arrosa de larmes, m Oh combien ont pour moi de charme ces craintes que je t'inspire! Elles montrent clairemient que ton amour pour moi n'a pas fléchi sous nos nombreux malheurs. Mais, sache-le bien, Théagène, nous n'aurions pas même en ce moment le loisir de nous entretenir, si je n'avais fait cette promesse : lutter contre une passion impétueuse» c'est, tu le sais, l'irriter par la résistance ; un mot d'espérance, au contraire,* une parole d'accord avec les désirs, amortit la violeoce des premiers transports et calme par le charme de l'attente l'ardeur impatiente de la passion. Ceux qui aiment le plus passionnément regardent, ce semble, la promesse comme une première victoire ; et, persuadés dès lors qu'ils possèdent l'objet aimé, bercés par l'espérance, ils supputent plus doucement l'attente. C'est dans cette prévision que je me suis livrée moi-même en paroles, me confiant pour le reste aux Dieux et au Génie chargé dès l'origine de veiller sur nos amours. Souvent, un ou deux jours ouvrent bien des voies de salut; la fortune offre des expédients que n'aurait pu imaginer toute la prudence humaine. Voilà pourquoi j'ai préféré m'arrêter pour le moment à cette résolution, comptant sur les incertitudes de l'avenir pour éluder ce qui n'était que trop certain. Gardons donc précieusement cette feinte, ô mon ami, comme un stratagème pour la lutte; qu'elle soit un secret pour Cnémon lui-même, aussi bien que pour tous les autres. Sans doute il nous est favorable, il est Grec comme nous; mais il est captif, et porté dès lors à complaire de préférence à son maître. Car nous n'avons ni l'épreuve d'une longue amitié, ni les liens de la parenté, pour nous garantir 4e sa part une fidélité durable. Aussi, quand bien même il viendrait à soupçonner quelque chose de la

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