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compris ce qui venait de se dire et de se faire, on Texpliquait aux autres; la perfection de la ressemblance excitait un étonnement, un ravissement universel; tellement qu'il ne fut plus possible à Hydaspe lui-même de douter davantage, et qu'il resta longtemps immobile de joie et de saisissement. « Ce n'est pas tout encore, dit Sisimithrès, car il s'agit de la royauté, de ses droits légitimes à la sucession, et avant tout de la vérité ellemême. Jeune fille, mettez à nu votre bras; il y avait au-dessus du coude, un signe semblable à une tache noire; il n'y a rien d'inconvenant à découvrir ce qui doit rendre témoignage de vos parents et de votre famille. » Chariclée leur montra son bras gauche, et l'on vit comme une tache d'ébène se détacher en cercle sur l'ivoire du bras.
XVI. Persina ne put pas se contenir plus longtemps; elle s'élança tout-à-coup du trône, courut Tembrasser, et la tint serrée dans ses bras en l'inondant de larmes. L'excèsde la joie quidébordait lui arrachait des cris semblables à un mugissement; car la joie immodérée éclate quelquefois en gémissement douloureux. Peu s'en fallut qu'elle ne défaillît avec Chariclée. Hydaspe, de son côté, était ému à la vue de sa femme en pleurs, déjà il sentait son âme sympathiser avec elle; mais son regard était fixe, son œil immobile, comme s'il eût été de corne ou d'acier; debout, il luttait contre les larmes prêtes à s'épancher ; l'affection paternelle et les sentiments virilssepartageaientsonâmeet l'agitaient comme la tempête; sa pensée, ballottée de part et d'autre, flottait incertaine dans un flux et reflux continuel. Enfin il céda à la nature, à qui rien ne résiste; et non-seulement il crut qu'il était père, mais il montra tous les sentiments d'un père; quand il releva Persina, qui était tombée à terre avec sa fille et presque privée de sentiment comme elle, on put le voir embrasser aussi Chariclée et contracter avec elle, par l'effusion de ses larmes, l'alliance paternelle. Il n'oublia pas néanmoins
2W THEAGENE ET CHARICLEE.
pour cela ce qu'il avait à faire. Il s'arrêta un instant à examiner le peuple tout pénétré de la même émotion que lui. Il n'y avait personne qui ne versât des larmes de joie et de pitié à la vue des étranges péripéties de la fortune; une immense clameur s'élevait jusqu'au ciel, et couvrait la voix des hérauts qui commandaient le silence, sans pourtant qu'on pût démêler clairement le but de toute cette agitation. Le roi étendit la main, l'agita, et d'un signe fit succéder le calme à cette tempête populaire, a Mes amis, dit-il, les Dieux m'ont fait père (vous le voyez et l'entendez) contre toute espérance. Des preuves nombreuses établissent que cette enfant est ma fille; mais je place tellement au-dessus de tout le dévouement à vous et à la patrie, que sans tenir aucun compte de toute la félicité que j'étais en droit d'attendre d'elle, de la perpétuité de ma race, du doux nom de père, je persiste à la sacrifier aux Dieux dans votre intérêt. Vous pleurez, je le vois; vous faites preuve de sentiments qui honorent l'humanité ; vous avez pitié de cette jeune fille destinée à une mort prématurée; vous avez pitié de moi-même ainsi frustré des héritiers sur lesquels j'ai vainement compté ; mais il faut, de toute nécessité, quand bien même vous ne le voudriez point, obéir à la loi du pays, et mettre audessus de mes convenances personnelles l'intérêt de la patrie. La volonté des Dieux serait-elle donc de me la donner et de me l'ôter en même temps? (car ce même malheur m'est arrivé autrefois à sa naissance, et je le subis aujourd'hui en la retrouvant) ; c'est ce que je ne saurais dire, et je vous laisse le soin d'en décider. Après l'avoir exilée de sa patrie, chassée jusqu'aux extrémités de la terre, puis, par un nouveau miracle ramenée en mes mains comme captive, veulent-ils la réclamer eux-mêmes comme victime? Je l'ignore également. Pour moi, celle que je n'ai point tuée comme ennemie, que je n'ai point maltraitée comme captive, je n'hésiterai pas, maintenant que j'ai reconnu en elle