‹ Romans grecsChapitre 159 sur 179 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

pour toi, à ton âge, une pareille action. Et, cela fût-il, la chose est impossible; car ces fonctions sont exclusiment réservées par la loi du pays à ceux qui sont consacrés au service du Soleil et de la Lune ; et encore tous ne les peuvent-ils pas remplir : homme ou femme, il faut de toute nécessité qu'ils soient mariés. Ta virginité est donc incompatible avec cette demande, que du reste je ne saurais comprendre. — Mais, dit Chariclée, se penchant à la dérobée vers l'oreille de Persina, je no vois là aucun obstacle; car il y a quelqu'un qui peut aussi me donner ce titre, si vous y consentez. — Nous y consentirons sans doute, dit Persina en souriant, et nous te donnerons un époux, avec Tassentiment des Dieux, aussitôt que nous en aurons choisi un digne do toi et de nous. — Il n'est nul besoin, dit Chariclée d'une voix plus ferme, de chercher celui qui est tout trouvé.

XXII. Elle allait s'expliquer plus clairement; car la nécessité donne de l'audace, et le danger de Théagène, qu'elle avait sous les yeux, la forçait à mettre de côté sa modestie de jeune fille. Mais Hydaspe ne pouvant plus se contenir, s'écria : « Dieux, comme le mal est toujours mêlé au bien dans vos faveurs! Le bonheur inespéré que vous m'accordez d'un côté, vous me l'enlevez en partie de l'autre. Vous me rendez une fille sur laquelle je ne comptais plus, mais vous me la présentez en quelque sorte privée de raison. Comment croire, en effet, que sa pensée n'est pas égarée, quand elle fait entendre des paroles aussi incohérentes? Elle parle de son frère qui n'existe pas; on l'interroge sur quelqu'un qui existe réellement, sur c^t étranger, elle prétend ne pas le connaître : puis elle s'efforce de sauver, comme un ami, celui qu'elle ne connaît pas. Quand elle agprend que sa prière ne petit rien pour lui, elle demande en grâce de l'immoler elle-même, comme un ennemi acharné. On lui répond que cela même n'est pas permis, qu'une seule femme, et de plus une femme

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