II
mariée peut régulièrement accomplir ce sacrifice, et elle déclare qu'elle a un mari, sans dire qui il est. Comment, au reste, pourrait-elle le nommer, puisqu'il n'existe pas et n'a jamais existé pour elle, d'après les manifestations du foyer des épreuves. A moins pourtant que cet oracle infaillible de la chasteté chez les Éthiopiens ne se soit trouvé en défaut pour elle seule, et qu'elle n'ait pu descendre du trépied sans éprouver les atteintes du feu, obtenant ainsi par faveur spéciale une fausse déclaration de virginité. A moins aussi qu'à elle seule il ne soit permis de dire dans un même instant qu'on est son ami et son ennemi, et de supposer des frères, des maris qui n'ont aucune réalité. Entrez donc dans la tente, chère Persina, et ramenez-la au bon sens, soit que le Dieu qui vient assister au sacrifice lui ait inspiré une fureur divine, soit que l'excès de la joie et un bonheur inespéré aient jeté sa raison hors des voies. Pour moi, je vais donner ordre de chercher et de trouver la victime qui doit être immolée aux Dieux à sa place; en attendant, je m'occuperai de donner audience aux ambassadeurs envoyés par les nations et de recevoir les présents qu'ils nous font à l'occasion de notre victoire. » A ces mots, il s'assit près de la tente, sur un trône élevé, et ordonna d'introduire les ambassadeurs et les présents qu'ils pourraient apporter. Harmonias, maître des cérémonies, lui demanda s'il voulait qu'on les lui présentât tous ensemble, ou par corps de nation, ou bien s'il fallait introduire chacun d'eux isolément.
XXIII. Hydaspe ayant ordonné de les amener par ordre et séparément, de manière à ce que chacun fût traité suivant son rang et sa dignité, l'introducteur reprit : « Alors, seigneur, le première vous persécuter est Méroëbus, fils de votre frère ; il vient d'arriver et attend en dehors de l'enceinte que sa présence ait été annoncée. — Ho, sot impertinent, lui dit Hydaspe, pourquoi ne pas me l'avoir dit sur le champ, puisque tu sais qu'il