‹ Romans grecsChapitre 17 sur 179 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

vérité sur notre compte, il faut nier tout d'abord. Le moBsonge est quelquefois un bien, quand il est utile à eeux qui le font, sans nuire en rien à ceux à qui il s'adresse.

XXVII. Pendant que Chariclée lui donnait ces sages instructions et d*aulres semblables, Cnémon accourui hors d'haleine : son visage était altéré et dénotait un trouble extrême. « Théagène, di4-il , je t'apporte l'herbe ; applique-la sur tes blessures pour les guérir : mais il faut se tenir prêt à d'autres coups, à de nouveaux dangers. » Comme Théagène lui demandait de s'exprimer plus clairement : « Ce n'est pas le moment, dit-il; car il est à craindre que les flaits ne devancent la parole; suis-moi au plus vite, et que Chariclée t'accompagne. » Aussitôt il les prit l'un et l'autre, et les conduisit à Thyamis, qu'il trouva occupé à polir son casque et à aiguiser sa lance : « Tu fais bien, lui dit-il, de t'occuper de tes armes; mais il faut les revêtir sur le champ, et ordonner aux autres de s'armer également. Nous sommes entourés par une foule d'ennemis comme je n'en ai jamais vu; ils sont tellement près, que je les ai vus couvrir la colline la plus voisine; je n'ai eu que le temps de venir, en courant de toute ma force, annoncer leur approche. J'ai averti tous ceux que j'ai rencontrés dans le trajet jusqu'ici, de se préparer au combat.

XXVIII. Thyamis se leva soudain à ces mots et demanda où était Chariclée, qui le préoccupait évidemment plus que lui-même. Cnémon la lui montra arrêtée tout près, sur le seuil de la porte. « Prends-la donc, lui dit-il tout bas, et conduis-la à la caverne où sont déposés en sûreté mes trésors. Quand tu l'auras fait descendre, mon ami, ramène la pierre sur l'ouverture, comme de coutume, et reviens à nous en toute hâte. Moi, je vais pourvoir au combat. » Il ordonna alors à son écuyer d'amener une victime, afin de faire un sacrifice aux Dieux protecteurs du Heu^ avant de

cominencer le combat. Cnémon suivit ses instructions^ : il emmena Chariclée qui ne cessait de se lamenter çfe de se tourner vers Théagène, et la fit descendre dans la caverne. Ce n'était point une excavation naturelle, comme il s*en trouve beaucoup, soit au-dessus, soit au-dessous de la terre; c'était un travail artificiel des brigands, fait à l'imitation de la nature, une grotte creusée par la main des Égyptiens et habilement disposée pour la garde de leurs trésors.

XXIX. Voici en quoi elle consistait : l'entrée, étroite et obscure, était cachée sous la porte d'une petite chambre secrète, de telle sorte que la pierre du seuil devenait au besoin une autre porte pour descendre dans la caverne; elle s'abaissait et s'élevait facilement. De là partaient des galeries tortueuses, qui couraient en sens divers, sans aucun ordre. Ces galeries ou sentiers, dirigés tous vers la partie inférieure, tantôt se séparaient et serpentaient isolément, tantôt se confondaient à dessein, s'enlaçaient l'un l'autre et convergeaient tous en bas, pour aboutir à une large excavation. Une lumière douteuse y tombait, par une fente, de la partie supérieure du marais. C'est là que Cnémon fit descendre Chariclée; il la conduisit par la main jusqu'au fond de l'antre, par les détours et les sinuosités qu'il connaissait, l'encourageant de toutes ses forces, et lui promettant de revenir le soir avec Théagène : il ne lui permettrait pas, disait-il, de se commettre avec les ennemis, et lui ferait éviter le combat. Chariclée ne disait mot; elle était comme frappée de mort par l'excès de ses maux, comme anéantie par l'absence de Théagène. 11 la laissa sans souffle, sans voix, et sortit de la ca- \ verne; puis il remit la pierre» non sans verser quelques larmes sur la nécessité où il était réduit, sur le sort de Chariclée, qu'il ensevelissait en quelque sorte vivante, forcé qu'il était à plonger dans la nuit et les ténèbres ce qu'il y avait de plus beau parmi les hommes. Il courut ensuite à Thyamis, qu'il trouva 9u milieu des

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