LIVRE X
ne s'agit pas d'un ambassadeur, mais d'un roi, du fils de mon frère mort depuis peu, que j'ai mis à sa place sur le trône, et qui est pour moi comme un fils. — Je le savais, seigneur, dit Harmonias; mais je savais aussi qu'il faut avant toutchoisir le moment opportun, et qu'il n'y a rien au monde qui exige plus de sagacité chez un introducteur. Pardonnezrmoi donc si, vous voyant occupé avec la reine et sa fille, je me suis gardé de troubler un si doux entretien. — Maintenant du moins va, lui dit le roi. » Sur cet ordre il courut et revint aussitôt avec le prince. On vit paraître Méroëbus, noble tête déjeune homme, à peine sorti de l'adolescence; il avait dix-sept ans, surpassait par la taille presque tous ceux qui l'entouraient, et s'avançait précédé d'un nombreux cortège de gardes. Les troupes éthiopiennes qui formaient l'enceinte s'ouvrirent avec admiration et respect, pour le laisser passer sans obstacle.
XXIV. Hydaspe ne l'attendit pas sur son trône; il s'élança au-devant de lui, l'embrassa avec la tendresse d'un père, le plaça auprès de lui, et lui prit la main : « Tu arrives à propos, mon fils, lui dit-il, pour assister avec'nous à la solennité d'actions de grâce, à propos de notre victoire, et pour célébrer les sacrifices de l'hyménée. Car les Dieux, chefs de notre famille, et les- Héros nos ancêtres, m'ont fait retrouver une fille, et à toi, je l'espère, une épouse. Mais je te parlerai plus tard des affaires confidentielles; pour le moment, dismoi si tu as à m'entretenir de la nation sur laquelle tu règnes. » Méroëbus, à ce nom d'épouse, rougit visiblement de joie et de pudeur, malgré la couleur noire de son visage; on eût dit un rayon empourpré courant à travers la suie. Après un instant de silence : « Mon père, dit-il, les autres ambassadeurs viennent vous apporter en présent, chacun de son côté, ce que leur pays produit de plus précieux, comme pour couronner votre mémorable victoire. Pour moi, sachant la valeur et le
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courage que vous avez montrés dans le combat, j*ai cru devoir vous offrir un don qui rappelle vos glorieuses qualités : je vous amène un homme, athlète invincible au combat et dans la mêlée, irrésistible champion à la lutte, au ceste, dans Tarène et à travers le stade. » En même temps il lui fît signe de s'avancer.
XXV. Il arriva au milieu de rassemblée et adora Hydaspe; sa taille était si prodigieuse, c'était un homme tellement gigantesque, qu'en embrassant le genou du roi, il paraissait presque à la hauteur de ceux qui étaient assis sur le trône. Sans attendre même qu'on lui en donnât iWdre, il se dépouilla de ses vêtements, et nu, debout devant le trône, il provoqua au combat quiconque voudrait lutter aveclui, avec ou sans armes. Comme personne ne se présentait, malgré les nombreux appels faits par le héraut, au nom du roi : « Je te donnerai néanmoins, dit Hydaspe, le prix du combat, et un prix qui réponde à tes mérites :» Et aussitôt il ordonna de lui amener un vieil éléphant d'une taille colossale. Quand l'éléphant fut amené, il le reçut avec une satisfaction évidente, tandis que le peuple éclatait en ap- . plaudissements ironiques, enchanté de cette facétie du roi, et se consolant de l'infériorité oh il s'était trouvé vis-à-vis du géant par cette dérision de ses vanteries. Après lui furent introduits les députés des Sères, qui présentèrent des tissus fabriqués avec les fils de certaines araignées de leurs pays, les uns blancs, les autres teints en pourpre.
XXVI. Ces présents offerts, ils demandèrent qu'on leur délivrât quelques prisonniers retenus depuis longtemps dans les fers, après condamnation, ce que le roi leur accorda. Arrivèrent ensuite les ambassadeurs de l'Arabie heureuse, avec des herbes odoriférantes, de la lavande, du cinnamome et tous les parfums que produit le territoire dé l'Arabie; il y en avait pour plusieurs talents de chaque espèce, et leur odeur embaumait au loin les airs. Après eux les députés des Trogio-