LIVRE I
préparatifs du combat. Déjà Thyamis, accompagné de Théagène, resplendissait sous ses armes; il enflammait par sa parole la fureur guerrière des compagnons réunis autour de lui. Debout au milieu d'eux, il leur parlait ainsi : a Compagnons d'armes, il n'est pas besoin de beaucoup de paroles, je le sais, pour vous exciter; les exh(»*tations ne sont nullement nécessaires avec vous, qui avez toujours considéré la guerre comme votre vie. D'ailleurs, l'invasion subite des ennemis coupe court aux longs discours. Quand l'ennemi attaque et agit, ne pas agir promptement, pour le repousser par les mêmes moyens, c'est manquer d'intelligence et de courage. Sachez donc qu'il ne s'agit point pour vous de femmes et d'enfants à défendre ; quoique pour beaucoup ce soit là un motif suffisant de combattre à outrance; — et pourtant, ces biens qui ont moins de prix pour oous, et tous ceux que donne la victoire, nous resteront si nous sommes vainqueurs. — 11 s'agit de votre existence même, de votre vie : entre pirates la guerre ne finit point par des conventions et des traités ; La vie est au prix de la victoire; la défaite, c'est la mort. Tombez donc sur ces ennemis acharnés, et que la même fureur transporte et vos âmes et vos corps. »
XXX. Après ces paroles, il cherche autour de lui son écuyerThermutis, et l'appelle à plusieurs reprises par son nom. Mais, ne pouvant le découvrir, il s'emporte contre lui en violentes menaces et court à sa barque : car déjà la lutte était engagée, et on pouvait apercevoir de loin les habitants de l'extrémité du marais, du côté de l'entrée, aux mains des ennemis. Ceux-ci, à peine arrivés, avaient mis le feu aux barques et aux cabanes de ceux qu'ils avaient surpris ou qui cherchaient leur salut dans la fuite. La flamme s'était étendue de proche en proche sur le marais, et avait embrasé les nombreux roseaux qui y étaient accumulés ; l'incendie projetait une lueur immense, éblouissante; un pétillement aigu se faisait entendre. On voyait, on entendait la guerre